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AVERTISSEMENT AUX FUTURS LECTEURS
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-----"À
cet instant subtil au l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant
vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient
son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire
et bientôt scellé par sa mort".
-----Je venais de naitre quand Albert CAMUS
a écrit cette phrase dans le chapitre conclusif du "Mythe
de Sisyphe", un essai sur l'absurde. Entre nous, connaissez-vous
d'autres philosophes, dans la seconde moitié du XXème siècle,
qui l'égalent en sa singulière qualité ? De mon point
de vue, non !
-----Si j'écris ces lignes en ce soir
de spleen (et dans l'espoir que le "Déjanté" fera
paraître ma prose sur son site), mon propos s'inscrit dans un double
but. Réfléchir sur le sens des écrits de CAMUS :
lorsque l'on procède à un retour sur son passé, il
me semble que seuls émergent des souvenirs émouvants, tristes
ou amusants ; qui nous réjouissent ou nous émeuvent. N'est-ce
pas la raison d'être du "SALMIGONDIS" ? En outre, Bernard
m'a demandé un texte sur les derniers mois de notre Algérie,
tout particulièrement dans l'oranais.
-----CAMUS précise bien l'instant subtil (donc douloureux)
où l'homme balaye ce qui a été sa vie. Qui, de nous,
peut affirmer qu'il conserve une mémoire intacte des évènements
qu'il a connus ? Psychologiquement (et philosophiquement) impossible !
Parce que nous avons vécu - que dis-je, subi -, au début
des années soixante, des faits dramatiques qui nous ont perturbés.
N'oublions pas que, pour la plupart, nous avions moins de vingt ans.
-----Ce récit d'un breton-sicilien
pied-noir (ouf !) chez les Harkis (et qu'il me reste à composer)
concernera, tout particulièrement, l'agonie oranaise des 5 et 6
juillet 1962. II pourra être contesté par certains : je ne
suis pas infaillible. Mais, le plus honnêtement possible, je l'écrirai
grâce aux bribes qui hantent encore mes souvenirs, quarante ans
après. À la différence de l'observateur, l'acteur
s'investit, interprète, peut oublier une réplique, un geste
(ce fameux "trou" de mémoire), mais arrive à raccrocher
la scène dont il s'est imprégné du sens. Dans le
cas d'Oran, il convient de parler de traumatisme .:.
-----Si vous le permettez, sans pédanterie
aucune, je retranscris les deux dernières phrases de CAMUS dans
l'essai mentionné ci-avant ."La
lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir le coeur
de l'homme. II faut imaginer Sisyphe heureux".
-----Dans les prochains jours, je tâcherai,
arcbouté sur mes bécanes, les mains et joues salies par
les encres d'imprimantes, de retracer ce que je n'ai pas oublié.
-----Si vous voulez m'aider (moralement),
imaginez-moi heureux ...
Jean BOISARD, Professeur des Universités
Ce 25 novembre 2002, Le Grand-Quevilly
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