-Chronique de mon agonie : page 1-avertissement au futur lecteur.

par Jean Boisard, professeur des Universités
Ce récit d'un breton-sicilien pied-noir (ouf !) chez les Harkis (et qu'il me reste à composer) concernera, tout particulièrement, l'agonie oranaise des 5 et 6 juillet 1962. II pourra être contesté par certains : je ne suis pas infaillible. Mais, le plus honnêtement possible, je l'écrirai grâce aux bribes qui hantent encore mes souvenirs, quarante ans après.
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sur site le 12/12/2002

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AVERTISSEMENT AUX FUTURS LECTEURS
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-----"À cet instant subtil au l'homme se retourne sur sa vie, Sisyphe, revenant vers son rocher, contemple cette suite d'actions sans lien qui devient son destin, créé par lui, uni sous le regard de sa mémoire et bientôt scellé par sa mort".

-----Je venais de naitre quand Albert CAMUS a écrit cette phrase dans le chapitre conclusif du "Mythe de Sisyphe", un essai sur l'absurde. Entre nous, connaissez-vous d'autres philosophes, dans la seconde moitié du XXème siècle, qui l'égalent en sa singulière qualité ? De mon point de vue, non !

-----Si j'écris ces lignes en ce soir de spleen (et dans l'espoir que le "Déjanté" fera paraître ma prose sur son site), mon propos s'inscrit dans un double but. Réfléchir sur le sens des écrits de CAMUS : lorsque l'on procède à un retour sur son passé, il me semble que seuls émergent des souvenirs émouvants, tristes ou amusants ; qui nous réjouissent ou nous émeuvent. N'est-ce pas la raison d'être du "SALMIGONDIS" ? En outre, Bernard m'a demandé un texte sur les derniers mois de notre Algérie, tout particulièrement dans l'oranais.

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CAMUS précise bien l'instant subtil (donc douloureux) où l'homme balaye ce qui a été sa vie. Qui, de nous, peut affirmer qu'il conserve une mémoire intacte des évènements qu'il a connus ? Psychologiquement (et philosophiquement) impossible ! Parce que nous avons vécu - que dis-je, subi -, au début des années soixante, des faits dramatiques qui nous ont perturbés. N'oublions pas que, pour la plupart, nous avions moins de vingt ans.

-----Ce récit d'un breton-sicilien pied-noir (ouf !) chez les Harkis (et qu'il me reste à composer) concernera, tout particulièrement, l'agonie oranaise des 5 et 6 juillet 1962. II pourra être contesté par certains : je ne suis pas infaillible. Mais, le plus honnêtement possible, je l'écrirai grâce aux bribes qui hantent encore mes souvenirs, quarante ans après. À la différence de l'observateur, l'acteur s'investit, interprète, peut oublier une réplique, un geste (ce fameux "trou" de mémoire), mais arrive à raccrocher la scène dont il s'est imprégné du sens. Dans le cas d'Oran, il convient de parler de traumatisme .:.

-----Si vous le permettez, sans pédanterie aucune, je retranscris les deux dernières phrases de CAMUS dans l'essai mentionné ci-avant ."La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir le coeur de l'homme. II faut imaginer Sisyphe heureux".

-----Dans les prochains jours, je tâcherai, arcbouté sur mes bécanes, les mains et joues salies par les encres d'imprimantes, de retracer ce que je n'ai pas oublié.

-----Si vous voulez m'aider (moralement), imaginez-moi heureux ...

Jean BOISARD, Professeur des Universités
Ce 25 novembre 2002, Le Grand-Quevilly