Alger, Algérie
: documents algériens
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| ----------On repart au matin. Les Milianais vont au-devant du rkab jusqu'à un petit bois qui domine la route de Levacher, à quelque deux kilomètres des remparts. Des joueurs de flûtes, de ghaïta et de guellal distraient, en attendant, la foule en costume de fête. Des Ammaria, accompagnés de tambourins (bendaïr) et de flûtes de roseau, exécutent l'ijdeb, danse extatique, avec le grand tremblement caractéristique de leur confrérie. Vers une ou deux heures de l'après-midi, on aperçoit le cortège avec ses beaux cavaliers et ses drapeaux de soie rose et bleue, précédé par l'auto du caïd................... |
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-----------Au
cur du Zaccar, à 720 mètres d'altitude, la ville de
Miliana domine fièrement la vallée du Chélif, que
ferment au sud les chaînes de l'Atlas tellien et de l'Ouarsenis.
Le patron de cette ville est l'illustre Sidi Ahmed ben Youssef, qui attire
toujours de nombreux pèlerins, isolés ou en groupes, non
seulement des départements d'Alger et d'Oran, mais du fond du Sahara
et de quelques tribus du Maroc. La vie mouvementée du saint. -----------Sidi
Ahmed ben Youssef er-Rachidi naquit, selon la plupart des sources écrites,
à la Kalaâ des Béni-Rachid, près de Mascara,
dans le second tiers du XVè siècle. Son père s'appelait
Mohammed. Youssef serait le nom de son bisaïeul. Selon certains,
il serait né au Gourara où s'élève la qoubba
de Sidi Mançour qui serait son père. Venu à la Qalaâ,
il aurait été adopté et élevé par un
Youssef er-Rachidi. J'ai recueilli chez les Athaouna de la Saoura une
version selon laquelle il serait le fils de Sidi Mançour Bou Kerkour
enterré à Tabelkoza, Gourara. Comme Sidi Mançour
était très vieux, l'on plaisanta. Il procéda alors
à une sorte d'ordalie, de jugement de Dieu, et jeta l'enfant dans
un brasier ; les langes brûlèrent, l'enfant resta intact
; le père le lança dans l'espace et le bébé
tomba dans un pays où il fut allaité par une vache ; adopté
par le maître de celle-ci nommé Youssef, il alla par la suite
étudier à Bougie. Au Mzab, par contre, on m'a assuré
que Sidi Ahmed était frère utérin de Sidi Bougdemma
dont la qoubba domine un des plus grands cimetières de Ghardaïa.
Oua Allahou a'lem. Dieu est le plus savant. Il parlait, non seulement
l'arabe, mais le zénète et il est vraisemblable qu'il sortait
d'une famille zénète originaire sans doute du Maroc. Les " égorgés
" -----------Il
dut pousser des pointes vers le Sahara où il a encore des disciples,
et où il prononça un de ses dictons en prose assonancée
: " Votre sable a desséché
ma gorge ; vos pierres ont usé mes pieds et votre eau ne m'a pas
désaltéré. Je n'en ai même pas eu assez pour
mes ablutions ". |
-----------Il
y a des descendants d'lbn Merzouqa, les Merazquia, chez les Béni
Ferah des Braz. On trouve des Ouled Sidi Ahmed ben Youssef qui descendraient
d'une de ses filles, Oued Chaïr, ancien douar de la commune mixte de
Berrouaghia, et qui vont à Miliana en octobre. On trouve des Medabihin
ou Mdabih dans les annexes de Méchéria et de Ghardaïa.
Au Touat, les habitants de Mahidia et de Tamassekht font remonter leur origine
à Sidi-Ahrned. Sidi Bouzar, arrière petit-fils de Sidi Mohammed
Sghir, qui serait le fils cadet de Sidi Ahmed a une qoubba près de
Miliana. Le principal chef de la confrérie youssefiya, branche, comme
nous l'avons dit, des Chadéliya, est Si Khalladi Ben Miloud, bachaglia
de Tiout près d' Aïn-Sefra , et conseiller de la République.
Il se rattache à Sidi Moumen, fils d'Ibn merzouga dont le petit-fils
Khalladi, édifia le sanctuaire de Miliana aux frais du bey d'Oran,
Molhammed el Kebir; et dont un descendant s'installa à Tiout, y épousa
Lalla Keltouma, fille de Sidi Aïssa, se fit une clientèle dans
la grande tribu des Hamian et y mourut en 1813. Si Khalladi, qui connut
Lyautey Isabelle Eberlhardt, est un grand chef arabe du Sud, lettré
en français et en arabe, à l'esprit liés ouvert. Il
suit avec dignité les traditions d'un seigneur mi-temporel mi-spirituel,
soucieux de ses devoirs à l'égard de ses clients, plein de
verve à l'égard des hypocrites et fort loin de l'obscurantisme
des faux dévôts. A Tiout, village de toube rouge serti dans
une oasis de palmes vertes, de peupliers et d' acacias, elle-même
environnée de roches rouges dont certaines portent des gravures préhistoriques,
il m'a montré la Porte de Sidi Ahmed ben Youssef et la pierre sur
laquelle, dit-on, sa gargoulette rebondit sans se casser. Il m'a procuré
le texte assez rare des roumouz, " allusions ". de Sidi
Ahmed ben Mousa, poèmes mystiques en dialectal du XVI""
siècle.
-----------Ce Sidi Ahmed ben Moussa, fondateur de la prestigieuse zaouia de Kerzaz, dans l'oued Saoura, sous des dunes formidables de 194 mètres, était précisément un disciple de Sidi Ahmed ben Youssef. Celui-ci se trouve au noeud d'un très grand nombre de silsilas, chaînes initiatiques des confréries de l'Islam maghrébin issues du chadilisme, ce qui explique son prestige quasi universel. Certains de ses disciples ont été plus discutés. Un disciple indirect, Ibn Abdallah, forma une secte hérétique, dite des Cherraqa ou Youssoufia, qui fut désavouée par le saint, se développa après sa mort et fut détruite par le sultan marocain Ghalibbillah. Peut-être les survivants donnèrent-ils naissance aux Bdadoua et autres petites sectes non conformistes du Maroc qui se réclament de Sidi Ahmed ben Youssef à tort ou à raison. -----------Chez les Athâouna -----------Outre
ces Bdadoua du Gharb, de la région de Petitjean et des Ouled Aissa,
où les Mlaïna rappellent le sanctuaire de Miliana. il y a
les Zekkara de la région d'Oujda, avec des Ouled Sidi Ahmed ben
Youssef , les Ghiata de la région de Taza, et les Ghenânema,
chez les Rehamna du Haouz de Marrakech, qui ont des coutumes assez mystérieuses
et fort archaïques. Le cinquième groupe à part est
formé des Athâouna, fraction des Ghenânema de la Saoura
dans le Sahara Sud oranais. Quand je suis allé à Tametert,
leur qçar , ils ont baisé pieusement les photographies que
je leur apportais du sanctuaire de Miliana, ssorti du coffre aux archives
les manuscrits des chaînes initiatiques et confirmé leur
apparentement avec les quatre groupes marocains ce qui pose d'ailleurs
des problèmes, car le Zekkara et la Ghiata sort do purs zénètes
berbérophones, et les Ghenânema sont des Arabes magils. Sans
doute s'agitil de très anciennes populations ayant conservé
des traditions préhistoriques et qui sont ou bien restées
sur pl.eco dans des montagnes isolées, ou bien ont été
entraînées dans les remous des invasions. Pèlerins citadins et montagnards -----------Sidi
Ahmed est aussi très vénéré des citadins,
de la bourgeoisie des villes comme Alger, Blida, Boufarik. Cherchell,
qui y viennent généralement en été. Naguère
encore, leur rkab, leur cortège, était imposant, avec ses
drapeaux et ses musiques. Il entrait par la porte du Zaccar. Le soir,
un orchestre avec violon et luth jouait des airs de la classique musique
andalouse. La tradition était d'improviser des sketches burlesques,
mimant des scènes de ménage, des tableaux de moeurs fortement
satiriques, mettant en scène des cadis véreux, des hommes
d'affaires laissant tout nus leurs clients paysans, des tartuffes à
grands chapelets dont les grains étaient des pommes de terre et
nui se terminaient par une carotte, etc. Le cortège des Béni Ferah -----------Le cortège des Béni Ferah confirme bien cette réputation d'allégresse. Il se rencontre avec les pèlerins de Duperré à Oued Ebda, où l'on passe la nuit. Les premiers arrivés reçoivent les nitres, vont un peu au devant d'eux, les drapeaux au centre d'une ligne d'hommes armés de fusils ; les étendards se saluent au moment de la décharge. La nuit se passe en concerts, en danses du fusil, voire en spectacles cinématographiques quand le camion-cinéma du Gouvernement général est présent. -----------On repart au matin. Les Milianais vont au-devant du rkab jusqu'à un petit bois qui domine la route de Levacher, à quelque deux kilomètres des remparts. Des joueurs de flûtes, de glaaïta et de guellal distraient, en attendant, la foule en costume de fête. Des Ammaria, accompagnés de tambourins (bendaïr) et de flûtes de roseau, exécutent l'ijdeb. danse extatique, avec le grand tremblement caractéristique de leur confrérie. Vers une ou deux heures de l'après-midi, on aperçoit le cortège avec ses beaux cavaliers et ses drapeaux de soie rose et bleue, précédé par l'auto du caïd. Du haut du talus, les femmes en blancs haïks jettent, en poussant des youyous, des bouquets de roses aux cavaliers ; caressent la soie des drapeaux et s'enveloppent de leurs plis. Un grand gaillard avec une canne, tel un tambour major, d'une main, et un bouquet de l'autre, danse avec des gestes saccadés, stylisés, d'automate. Des hommes chantent. Des mulets suivent, chargés de provisions et de fourrage. Les Ammaria se joignent au cortège et dansent à reculons. Les ghaïtas, les guellals et les benda r résonnent joyeusement. Les drapeaux des Béni Ferah saluent au passage ceux des gens d'Affreville, puis ceux du sanctuaire de Miliana qui arrivent au-devant d'eux. On approche des remparts couleur d'ocre ; des coups de feu retentissent et six ou huit mille personnes foncent rapidement, par la porte de la ville, acclamées par la foule massée sur les trottoirs et s e précipitent vers le sanctuaire.
Émile DERMENGHEM B I B L I O GRAPHIE Hadj Moûsa (Ali ben Ahmed ben), mort en 1913. Ribh al-Tidjâra. Manuscrit Bibliothèque Nationale" Alger, 928. Ibn Askar. Daouhat an-Nâchir, trad. Graulle. Archives Marocaines, XIX, 1913, p. 214-215. Nâcirî. Kitab el-Iskiqça, V, 1936, p. 79-83. Hafnaouî. Tarif al-Khalef, 1909, II, 97. Bou Râs. Voyages extraordinaires, trad. Arnaud, Revue Africaine. 1880, p. 139-140. Basset (René). Les dictons satiriques attribués à Sidi Ahmed ben Yousof. Journal Asiatique, sept. 1890. Bodin (Marcel). Notes et questions sur Sidi Ahmed ben Yousef. Revue Africaine, 1925, p. 125-189. Delphin et Guin. Notes sur la poésie et la métrique arabe dans le Maghreb algérien, 1886. Depont et Coppolani. Les confréries religieuses musulmanes, 1897, p. 461-467. Drague (G.). Esquisse d'histoire religieuse marocaine, Confréries et zaouias ; Cahiers de l'Afrique et l'Asie, 1951. Gouvion (Marthe et Edmond). Kitab Aâyane et Marhariba,
1920, p. 17-32 et II, 129-147.
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