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AUTEURS
CITÉS
PEYSSONNEL et DESFONTAINES
" VOYAGES DANS LES RÉGIONS DE TUNIS
ET D'ALGER "
-------Nous
publions les relations, presque entièrement inédites, de
voyages faits dans les régences de Tunis et d'Alger, par PEYSSONNEL,
en 1724 et 1725, et par DESFONTAINES, de 1783 à 1786 ".
Docteur SHAW
" VOYAGE DANS LA RÉGIONS D'ALGER "
-------traduit de
l'anglais avec de nombreuses augmentations par J. Mac Carthy.
-------Avertissement
du traducteur :
-------"
Quoique cette relation date déjà de plus d'un siècle,
elle offre cependant le meilleur traité que nous possédions
sur la géographie ancienne et même moderne des régences
d'Alger et de Tunis. D'ailleurs en Barbarie comme dans presque tous les
États ottomans, il n'y a rien de changé depuis Shaw, sinon
les hommes ; ce sont toujours les mêmes institutions, le même
culte, les mêmes préjugés, les mêmes moeurs,
le même despotisme ". (1830, 2. 2).
G. T. RAYNAL
" HISTOIRE PHILOSOPHIQUE ET POLITIQUE
des établissements et du commerce des Européens
dans l'Afrique septentrionale "
(1826)
William SHALER
Consul général des États-Unis à Alger
" ESQUISSE DE L'ÉTAT D'ALGER "
(Paris 1830)
Sidi Hawndan-Ben-Othman KHODJA
" APERÇU HISTORIQUE ET STATISTIQUE SUR
LA RÉGENCE D'ALGER " (Paris 1833)
LAUGIER DE TASSY
" HISTOIRE DES ÉTATS BARBARESQUES QUI
EXERCENT LA PIRATERIE "
traduit de l'anglais (Paris 1757)
VENTURE DE PARADIS
" ALGER AU XVllle SIÈCLE "
Publié à Paris en 1898, mais e,.rit en 1788 - 1789 (à
plusieurs reprises, l'auteur date son livre de 1789 - P. 41 et 51).
PANANTI, littérateur italien
" RELATION D'UN SÉJOUR A ALGER "
" Contenant des observations sur l'état actuel de cette régence,
les rapports des États barbaresques avec les puissances chrétiennes,
et l'importance pour celles-ci de les subjuguer ".
(Publié à Paris en 1820)
WALSIN ESTERHAZY
" DE LA DOMINATION TURQUE DANS L'ANCIENNE RÉGENCE D'ALGER
" (Paris 1840)
Alfred NETTEMENT
HISTOIRE DE LA CONQUÊTE D'ALGER " (Paris 1856)
H. de GRAMMONT
" HISTOIRE D'ALGER SOUS LA DOMINATION TURQUE "
(1387)
OPPRESSION ET TYRANNIE
" LE DESPOTISME SOUS SES FORMES LES
MOINS DÉGUISÉES".
..." Le gouvernement d'Alger est une sorte de république militaire,
dont le chef exerce le despotisme sous ses formes les moins déguisées
"... PANANTI. (P. 411).
.
.." Une poignée de brigands recrutés au Levant, indignes
de conserver la belle contrée qu'ils ont trouvé l'art affreux
d'appauvrir, tiennent dans l'oppression la plus odieuse trois millions
d'hommes dont la tête est sans cesse à prix. Ces pirates
dictent insolemment des lois à tous les gouvernements qu'ils ont
rendus tributaires, violent impunément les droits des gens les
plus sa crée, abreuvent d'outrages leurs agents, les chargent de
chaînes et condamnent leurs sujets au plus affreux esclavage "...
(DUBOIS-THANVILLE - Consul à Alger en 1800).
..." Les Turcs qui sont tous soldats succèdent selon leur
rang, aux emplois et aux dignités de ce Royaume Ils gouvernent
cet Etat avec un despotisme assez semblables à celui des Nobles
des républiques d'Italie, ou des Chevaliers de Malte. Ils sont
tous regardés comme nobles, et hauts et puissants Seigneurs, quoique
le plus souvent on ne découvre en eux que bassesse. Le titre de
soldat renferme ici l'idée d'association au gouvernement, d'honneur,
de noblesse, de courage, et fait tout plier devant soi. Ils traitent les
naturels et les autres habitants du pays avec mépris et avec cruauté.
Ils sont tout injustice envers les esclaves, et plus encore envers les
sujets. Ce traitement a si fort intimidé ces derniers, que les
Mores d'une ville entière trembleront à la vue d'un seul
Turc. Ces Mores nous fournissent un exemple bien sensible de l'esprit
de servitude où les hommes peuvent dégénérer.
N'est-il pas étrange en effet que la disparité de plus de
200 Mores ou Arabes, contre un Turc, ne les anime point à secouer
un joug aussi pesant ? "... LAUGIER DE TASSY. (P. 124-125).
..." Les soldats Turcs sont communément la lie du Levant.
Vains de se voir maîtres d'un grand Royaume, et habiles à
parvenir aux dignités, ils traitent les Mores et les Arabes avec
tant d'insolence, que leur gouvernement n'est pas supportable "...
LAUGIER DE TASSY. (P. 163).
..." La milice excède rarement dix ou douze mille hommes ;
elle suffit pour tenir dans la crainte et la soumission une population
de cinq millions d'âmes, qui déteste son joug en cédant
à la nécessité d'obéir à de tels monstres
"... PANANTI. (P. 244-245).
" UNE VIGILANCE QUI NE S'ENDORT JAMAIS
UN INSTANT ".
..." Une vigilance qui ne s'endort jamais un Instant
peut seule soutenir le gouvernement d'Alger, qui pèse si durement
sur tous. Les Turcs ont pour ennemis les Couloglis qu'ils n'emploient
que malgré eux, lorsque les sujets manquent et qui ont l'exclusion
de toutes les charges principales ; les Maures qu'ils accablent ; les
esclaves sur lesquels ils ne peuvent point compter. Les meilleurs amis
qu'aient les Algériens sont les consuls européens qui résident
chez eux et qui ne gagneraient rien à une révolution "...
VENTURE DE PARADIS. (P. 122).
..." Un seul Turc fait trembler tout un douer et donne des coups
de bâton à ces misérables, qui ne sont plus des hommes
en la présence d'un Turc. On ne peut exercer une tyrannie plus
affreuse et plus cruelle que celle des Turcs envers les Arabes de ce pays
"... PEYSONNEL. (P. 291).
..." Ces 3.000 Turcs, au milieu de tant de peuples qui sont intérieurement
leurs ennemis, suffisent pour maintenir o tout dans l'ordre et l'obéissance,
mais ce n'est que par une extrême vigilance, qu'ils peuvent y parvenir,
et ils ne doivent jamais l'oublier "... VENTURE DE PARADIS. (P. 3).
" CE N'EST QUE PAR LA PLUS GRANDE TYRANNIE... "
..." l'aga en
a 700 (sipahis), qui forment la cavalerie d'Alger, sans compter celle
des beys ; chaque sipahi donne ordinairement 30 ou 40 sequins pour être
reçu. C et emploi affranchit leurs terres de tout impôt et
procure à leur famille une protection nécessaire dans un
pays où le Maure n'est qu'esclave. Cet aga sous le moindre petit
prétexte renvoyait le 3 sipahis et en prenait d'aut res qui lui
donnaient encore 15 à 20 sequins. En outre, il peut faire des avances
aux gens de la campagne, qui sont entièrement sous sa juridiction.
Lorsqu'il est hors de le ville, il a le sabre libre et il fait prévotalement
pendre ou couper. Baba-Ali lorsqu'il était aga, s'amusait à
essayer son fusil sur le premier Maure qui passait. Dans le temps des
bombardements des Espagnols, il était défendu aux Maures
de trop s'approcher de la ville ; l'aga aujourd'hui en place, lorsqu'il
les rencontrait, leur faisait écraser la tête entre deux
pierres. Ce n'est que par la plus grande tyrannie que les Turcs pensent
qu'ils peuvent maintenir la tran )uilité dans un pays où
ils sont au moins cent contre un "... VENTURE DE PARADIS, (P. 113),
UNE POPULATION OPPRIMÉE
" UN SILENCE ABSOLU ET UNE OBÉISSANCE
SANS BORNE ".
..." Le fondement de la puissance des janissaires est dans leur vigilance
et leur activité, et ils ont un grand appui dans le souvenir des
exemples terribles fa its sur les Maures qui ont osé lever le bras
pour secouer un joug de fer ou seulement exprimer leur mécontentement.
Le père de famille maure est pénétré de l'idée
que la moindre tentative de résistance, ou le plus léger
murmure, suffit pour amener la perte de la vie et de la fortune de toute
une famille ; il inculque à ses enfants, dès leur plus bas
âge, la nécessité d'un silence absolu et d'une obéissance
sans borne "... PANANTI. (P. 474).
..." La politique d'Alger est très cruelle envers les Maures
et les Arabes ; pour la plus légère faute, on les fait mourir.
Baba Ali étant aga essayait souvent son fusil sur les gens de la
campagne par pure fantaisie. L'aga d'aujourd'hui dans le temps des bombardements
faisait écraser entre deux pierres tout Maure ou campagnard qui
se rencontrait dehors. On peut dire en général que le caractère
des Algériens tient beaucoup de celui des enfants ; la moindre
chose les irrite et leur ressentissement va toujours au-delà des
bornes.Ils ne savent pas distinguer le particulier du gouvernement : si
un Français quelconque fait quelque chose qui lui déplaît
,ce sont les Français en corps qui sont l'objet de leur mauvaise
humeur, et comme des enfants sages, il leur faut aussi des bonbons pour
les apaiser "
... " Le gouvernement algérien a pour principe de dépouiller
les Maures et de leur faire toute sorte d'injustices et de vexations pour
les tenir asservis, et cependant dans toutes les circonstances, et surtout
les gens de la montagne, on les voit se soulever "... VENTURE DE
PARADIS. (P. 129).
,
...." Il est à propos que je vous rapporte, monsieur, de quelle
manière les Turcs se comportent avec les Maures pour le logement,
et comment ceux-ci pratiquent l'hospitalité. Dès qu'un spahi
arrive à un douar, il choisit le meilleure tente. En abordant,
le maître le salue et lui dit qu'il est le bien arrivé ;
le Turc ré-pend par des paroles injurieuses, le traite de cocu,
de maq... et autres ordures, lui ordonne de vider la moitié de
la 'ente et de porter à manger à ses chevaux. Après
être descendu, il lui ordonne d'aller tuer un mouton. Le Maure le
refuse ; le Turc lui dit des inj ures, et bien souvent lui donne des coups
de bâton. Le Maure apporte le mouton et, s'il ne convient pas au
Turc, il lui dit qu'il n'est pas assez beau, le renvoie et s'en fait apporter
un autre. Pendant ce temps, la femme prépare le rafis, qui est
une espèce de gâteau cuit dans une terrine de grès,
ensuite coupé en morceaux et mêlés avec le miel et
la mentèque, et quelquefois entremêlés de dattes.
Le soir, il demande de l'orge pour les chevaux, et veut une double mesure.
Dans ces quartiers, comme les sauterelles avaient tout dévoré,
ces pauvres misérables étaient hors d'état d'en fournir
et le refusaient ; mais, à grands coups de bâton et à
force de mauvaises paroles, il les forçait d'en apporter. Le soir,
on fait cuire le mouton avec les couscoussou, et ce qui reste le spahi
le prend. Si l'hôtesse est jolie, souvent le Turc s'en accommode,
et le matin tout est payé par un grand beselemen ou bon voyage,
que le Maure souhaite au Turc sans autre paiement que le plaisir de ne
l'avoir plus dans sa tente. Tout cela est suivant l'usage, et il n'y a
rien à dire ; c'est la justice, l'équité et le droit
du pays "... PEYSONNEL. (P. 365 et 366).
..." Telle est la politique de ce pays : les caïds
et les chefs vendent à prix d'argent la tête des hommes et
les font mourir sans forme de procès ni raison apparente. Les Arabes
ne se poussent, ne deviennent chefs et ne se soutiennent que par des voleries,
des rapines, des meurtres, des assassinats et des crimes semblables, et
l'on est ensuite obligé de ménager et defeindre estimer
de semblables coquins dignes des plus affreux supplices, qui sont cependant
princes et maîtres absolus de leur pays "... PEYSONNEL. (P,
325).
" LES PEUPLES ASSERVIS OSENT A PEINE
LEVER LES YEUX SUR CES ODIEUX TYRANS ".
..." Les peuples asservis osent à peine lever les yeux sur
ces odieux tyrans. Les Maures, placés à une grande distance
les uns des autres, dispersés dans quelques bourgades, réduits
à un petit nombre, obligés de cacher le peu qu'ils possèdent,
sacrifiés au moindre soupçon, généralement
privés d'armes défensives et offensives, les Maures coulent
des jours malheureux dans de mortelles inquiétudes "... RAYNAL.
(P. 121)
..." On sait que les Mores et les Arabes ayant
été conquis par les Chrétiens, et ensuite par les
Turcs, ont été dépouillés de toute leur substance
et réduits à la dernière misère. Cette dureté
les a conduits à penser qu'ils peuvent, quand ils en ont l'occasion
et la force, user équitablement de représailles "...
LAUGIER DE TASSY. (P. 77-78).
.." Les peuples qui habitent la Barbarie, dit un
écrivain judicieux, gémissent sous un joug qu'ils sont impatients
de rompre. Esclaves de quinze ou vingt mille Turcs ramassés dans
les boues de l'Empire Otto-man, ils sont de mille manières différentes
les victimes de cette audacieuse soldatesque "... SHAW. (P.212).
..." Au reste, je crois qu'il est inutile de vous
parler des Arabes ; ils sont à peu près les mêmes
que dans les royaumes de Tunis, à la réserve qu'ils sont
plus maltraités, plus tyrannisés dans ce royaume aussi sont-ils
par force plus misérables, plus malheureux et plus méchants
"... PEYSONNEL. (P. 367),
..." Le peuple à Alger est sous la main de
fer d'un gouvernement militaire et de maîtres étrangers,
qui mêlent une basse fourberie, et l'hypocrisie aux soupçons,
à la cruauté ; il a perdu tout sentiment d'honneur et toute
dignité "...PANANTL (Pages 410 et 411).
..." TOUS ESCLAVES "...
..." Des chefs sans principes, des tribunaux sans lumières,
des prêtres sans moeurs, des marchands sans foi, des ouvriers sans
émulation. Ce qu'il (cet état) produit ? L'abrutissement
entier de Maures, des Arabes, des juifs, tous plongés dans la misère
et dans l'opprobre, tous esclaves aussi rampants, aussi tremblants que
s'ils avaient encore quelque chose à perdre. Pouvoir lire et écrire,
c'est la plus grande ambition à laquelle aient jamais aspiré
les habitants des villes, toujours opprimés, toujours avilis, toujours
malheureux. Les peuples errants dans les déserts n'ont pas même
assez de tranquilité ou de repos pour donner à leurs enfants
cette première éducation. Les Turcs, d'un caractère
naturellement inquiets, ne songent qu'à dominer et à s'enrichir.
Tout ce qui est étranger à ces deux passions leur paraît
digne du plus grand mépris "... RAYNAL. (Tome 1. P. 81).
DISTINCTIONS RACIALES
" LE DERNIER D'ENTRE EUX FAIT TREMBLER
PAR UN REGARD..."
..." Tous les Turcs qui arrivent à Alger et se font incorporer
dans la milice sont ordinairement des gens sans aveu, sans ressources
et de moeurs dépravées, qui viennent du Levant, d'où
ils ont été obligés de s'enfuir pour se soustraire
au châtiment dû à leurs crimes. Ils n'ont besoin, pour
être admis dans ce corps, que de prouver qu'ils sont Turcs. On y
reçoit aussi les chrétie ns renégats, et les Cologlis,
nom donné aux individus nés de Turcs et de femmes arabes
ou maures. Mais les Maures et les Arabes en sont absolument exclus, parce
qu'ils sont toujours suspects aux usurpateurs de leur patrie, qui les
tiennent dans une sujétion qui ne diffère guère de
l'esclavage.
---------Tous ceux qui composent cette milice
jouissent de grands privilèges, et regardent avec le dernier mépris
ceux qui n'en font pas partie. Ce sont les hauts et puissants seigneurs
du pays. On leur donne le titre d'effendi ou seigneur, tandis que l'on
ne qualifie les autres individus que de sidy ou monsieur. C'est parmi
eux que l'on choisit les deys, les beys et autres principaux officiers
de l'Etat. Ils sont exempts de toute espèce d'impôts et des
droits de capitation. Ils ne peuvent p oint être punis en public,
et le sont rarement à huis clos. lIs se soutiennent tous à
tort ou à raison contre les Arabes et les Maures ; et le dernier
d'entre eux fait trembler par un regard les plus puissants d'entre ces
derniers, qui leur doivent partout la préséance, sous peine
d'être maltraités à l'instant même "...
SHAW. (P. 182-183).
..." Elle (la milice) avait des lois à part, une justice à
part, car jamais un Turc n'était puni publique-ment ; elle s'élevait
au-dessus de toute la population, habituée à respecter et
à craindre tout membre de la milice comme un maître, à
ne lui résister en rien, comme à ne lui rien refuser. Elle
vivait sur le pied de l'égalité avec le dey lui-même,
qui, premier soldat de la milice, recevait le jour de la paye sa solde
avec les soldats, et seulement avant eux. Enfin, l'usage des armes à
feu lui était exclusivement réservé ; elle ne lais-sait
aux Maures pour armes que des lances, des sabres et des couteaux. Les
cavaliers, à qui l'Etat fournis-sait des chevaux, n'hésitaient
pas à changer leur cheval contre celui du premier Maure qu'ils
trouvaient mieux monté qu'eux, sans que celui-ci osât faire
la m oindre résistance.
---------Tout était donc combiné
pour leur assurer la supériorité morale et physique. Afin
de maintenir parmi eux l'esprit de famille, on diminuait les avantages
du Turc qui épousait une femme du pays "... NETTE-MENT. 1P.
73-74).
..." Les officiers (des navires corsaires) sont tous Turcs ou Cologlis.
Ils ne se mêlent jamais avec les Maures, qui, ainsi que les esclaves,
ne peuvent jamais monter sur le gaillard d'arrière, ni entrer à
la sainte-barbe, à moins d'y être appelés par le capitaine
ou par quelque Turc "... SHAW. (P. 198).
" LES TURCS SONT NES POUR LE COMMANDEMENT
ET LES ALGERIENS POUR L'OBEISSANCE "
..." Les Turcs qui composent la milice d'Alger sont exempts de droits
de capitation et de toute imposition. Ils ne peuvent être châtiés
en public, et le sont rarement en particulier. Ce n'est presque que lorsqu'ils
sont accusés de haute trahison qu'on les fait étrangler
secrètement chez l'aga ou général de la milice. Ils
se soutiennent tous, soit qu'ils aient tort ou qu'ils soient fondés,
surtout lorsqu'ils ont affaire aux Arabes et aux Juifs sur lesquels ils
ont un pouvoir presque tyrannique. Le plus misérable Turc fait
trembler les Arabes les plus riches et les plus puissants ; les Arabes
et les Juifs sont obligés de leur céder partout, sans quoi
ils seraient maltraités inpunément "... (page 422).
..." Un Turc serait puni s'il commettait la moindre lâcheté
ou bassesse ; mais hors du combat, ils usent de leurs forces et de leurs
pouvoirs tyranniques, surt out envers les Maures. Il est étonnant
que tant de misérables et de malheureux portés par leur
naissance et leur état à mille bassesses, deviennent honnêtes
gens dès qu'ils sont soldats d'Alger ; ils n'oseraient commettre
aucune bassesse, vol ou friponnerie ; les rudes et promptes punitions
qui suivent les fautes qu'un soldat peut commettre, les retiennent et
les rendent sages. Il est vrai qu'on compte aussi pour rien certaines
coutumes tyranniques qu'on pratique envers les Maures ; mais c'est la
politique qui le demande, et ce n'est que par ce moyen qu'ils tiennent
les Maures soumis "... PEYSONNEL. (Page 424).
..." Le dernier des Ottomans rejette avec mépris toute espèce
de comparaison entre lui et un naturel ; et la maxime enseignée
pendant plusieurs générations que les Turcs sont nés
pour le commandement et les Algériens pour l'obéissance,
a perdu avec le temps son caractère odieux, et n'est ici qu'un
simple axiome politique "... SHALER. (Page 42).
..."Les chaoux sont des espèces de sergents de la maison du
dey. C'est un corps très considéré, et qui se compose
de douze Turcs sous les ordres d'un bachaoux, chaoux-bachi ou grand-prévôt
"... SHAW, (P. 170).
..." On ne les emploie que dans les arrestations des Turcs, parce
qu'ils croiraient au-dessous d'eux de mettre la main sur un chrétien,
sur un Maure ou un Juif. Il y a un pareil nombre de chaoux maures, qui
sont chargés des mêmes fonctions envers les Maures, les chrétiens
et les Juifs ; ruais il ne leur est pas permis de porter un ordre à
un Turc "... SHAW. (P. 171).
" PARTOUT UN TURC A LA PRESEANCE
SUR UN NATUREL "...
..." Partout un Turc a la préséance sur un naturel
; et, dans les rues, ce dernier lui laisse toujours le passage libre "...
SHALER. (P. 43).
..." Si la passion qu'ont ces despotes de perpétuer une souveraineté
collective avait besoin d'être ranimée, elle le serait par
les avantages personnels dont on les fait jouir. Ils ont un vêtement
qui leur est propre et qui les distingue de leurs sujets. Les premières
places leur sont partout réservées. A leur approche tout
se range pour leur laisser le passage libre. On demanderait inutilement
justice des vexations ou des outrages qu'ils se permettent, et celui qui
oserait repousser la violence par la violence serait condamné au
dernier supplice. Quelque crime qu'ils aient commis, ils ne sont jamais
punis en public, et ils ne le sont guère en secret que lorsqu'ils
sont entrés dans quelque conspiration contre le chef de la République
ou contre la Ré-publique même "... RAYNAL. (P. 121).
..." Dès qu'on voit venir un Turc, il faut lui faire place
; quiconque y manquerait, serait accablé d'in-jures "... LAUGIER
DE TASSY. (P. 166).
..." La noble soldatesque Turque regarde son sang comme avili par
le mélange de celui des Maures "... LAUGIER DE TASSY. (P.
126).
..." Les Turcs prennent des concubines parmi les femmes du pays ;
mais leurs descendants sont mis au rang des Maures, et incapables d'entrer
dans l'armée "... LAUGIER DE TASSY. (P. 128).
" UNE FUREUR DE RACE A RACE "
..." Les garçons nés de Turcs et de femmes arabes ou
maures ne sont point considérés comme Turcs. Il est vrai
qu'ils sont reçus dans la milice comme soldats ; mais il ne parvienent
point aux différentes charges de l'Etat, et ne jouissent point,
en un mot, des privilèges accordés aux soldats turcs. Le
Gouvernement a eu recours à ces restrictions pour éviter
que les soldats ne s'alliassent en trop grand nombre avec les femmes du
pays, et ne se rendissent ainsi un jour redoutables à l'Etat, par
l'augmentation de leurs familles. Les Maures et les Arabes sont également
exclus du corps de la milice, par les mêmes motifs. Nous croyons
devoir remarquer à ce sujet qu'il n'y a point ou peu de femmes
turques a Alger. Elles ont en horreur ce pays, qu'elles regardent comme
le réceptacle de tout ce qu'il y a de plus vil et de plus méprisable
dans les Etats ottomans. Les véritables Turcs se contentent d'y
avoir des concubines du pays ou des esclaves chrétiennes "...
SHAW. (P. 185-186).
..." Les fils des Beys ont quelquefois succédé à
leurs pères et des Coulogli ont été nommés
Kaïd, ou gouverneurs de districts. Mais ils le devaient probablement
à l'argent ; car on regarde ces exemples comme contraires à
l'esprit de la constitution "... SHALER. (P. 39).
..." C'était la politique qui cherchait à imprimer
la terreur ; mais c'était aussi une fureur véritable, une
fureur de race à race, comme celle des nègres contre les
mulâtres.
Depuis cette révolution, l'élément turc dominant
la milice, maintint de sévères conditions contre les Coulouglis
comme contre les Maures. On finit avec le temps par les admettre dans
la milice, mais les hauts grades leur furent fermés. Ils purent
déployer leur courage et leurs talents comme raïs dans la
marine ; mais l'entrée du grand divan leur resta interdite, et
ils ne purent occuper les premiers emplois de l'Etat, sauf ceux de bey
et de caïd. On les craignait d'autant plus, qu'ils étaient
d'intrépides soldats. Dès ce jour, la race turque, mélangée
seulement d'un certain nombre de renégats chrétiens, alimenta
la milice d'Alger. Il résulta de là que l'esprit militaire,
conquérant, dominateur, ne fut point modifié par le patriotisme
local. Les Maures n'eurent plus, dans la milice qui les gouvernait, des
frères et des pères, ils n'eurent que des maîtres
"... NETTEMENT. (P. 70-71).
" CETTE SORTE D'INQUISITION... "
..." Pour revenir à cette désunion qui existe entre
les Turcs et les Kologhlas, je dirai que, depuis l'événement
détaillé ci-dessus, il s'est établi une barrière
entre ces deux castes ; de sorte que les Turcs ne profiteront pas des
lumières de leurs descendants ni de l'influence de leurs parents
dans le pays ; la méfiance des Turcs est si grande, que si même
les Kologhlas leur donnaient des avis salutaires, ils les regarderaient
comme des pièges tendus à leur bonne foi. Quand ils apprenaient
qu'il y avait une réunion de Kologhlas en quel-que endroit, ils
les faisaient espionner pour savoir s'ils s'occupaient de la politique,
critiquaient quelques actes du gouvernement ou seulement la vie privée
des Turcs. Ils étaient surveillés également dans
la crainte qu'ils n'eussent quelque intelligence avec des notables de
l'intérieur, dans l'intention de s'emparer du pouvoir. Quand les
Turcs découvraient chez eux quelque mauvaise intention, et même
de légers soupçons, ils lassaient exiler les chefs et dispersaient
leur assemblée ;enfin, les vexations qu'on leur faisait supporter
étaient telles que les habitants d'Alger, Kologhlas ou autres,
ne s'occupaient plus de politique, ni dans leurs réunions, ni publiquement,
ni dans leur société privée. Il arrivait quelquefois
que des malveillants, quand ils voulaient Pe venger, dénonçaient
la personne qu'ils voulaient perdre comme s'occupant de politique.
---------Cette sorte d'inquisition étouffa
dans le coeur des hommes de ce pays. les germes de leurs facultés,
et fit naître dans la société une méfiance
générale qui a duré jusqu'à l'arrivée
des Français "... KHODJA. (P. 139-140).
..." Les Couglolis sont encore plus leurs ennemis que les Maures,
et il n'y a peut-être dans Alger que les consuls européens
qui désirent leur prospérité a... VENTURE DE PARADIS.
(P. 3).
" LES PLUS MALHEUREUX D'ISRAEL "...
..." Le nombre et la richesse des Juifs vont toujours en s'affaiblissant,
et je crois qu'aujourd'hui les Juifs d'Alger sont peut-être les
restes les plus malheureux d'Israël "... SHALER. (P. 89).
..." Un musulman ou un chrétien qui va dans les rues quand
il est nuit, doit avoir une lanterne allumée ; mais un Juif doit
porter une lumière sans lanterne ; car, dans toutes occasions les
Juifs sont frappés de distinctions humiliantes "... SHALER.
(P. 98).
..." Les malheureux enfants d'Israël, traités avec tant
de rigueur dans les autres contrées, ne devaient attendre des Barbaresques
que bien peu d'indulgence ; et, certes, il n'est aucune espèce
d'outrage, aucune espèce de vexation auxquelles ils ne soient exposés.
On leur défend d'écrire ou de parler l'arabe, dans la crainte
qu'ils ne deviennent capables de lire le divin Coran. Ils ne peuvent monter
à cheval, et sont obligés de se servir de mulets et d'ânes,
le premier de ces animaux étant regardé comme d'une trop
belle espèce pour eux. Quand ils passent devant une mosquée,
il leur faut marcher pieds nus ; et ils n'osent point s'approcher d'un
puits ou d'une fontaine pendant tout le temps qu'un Maure y boit : il
leur est également interdit de s'as-seoir devant un mahométan.
Leur habillement doit être noir, parce que cette couleur est méprisée
par les Maures. Les femmes juives n'ont la permission de voiler qu'une
partie de leur visage. L'indolent Maure, une pipe à la bouche et
les jambes croisées, appelle tout Juif qui vient à passer,
et lui ordonne de remplir auprès de lui les fonctions d'un domestique
; d'autres s'amu sent à barbouiller les mains, le visage, les cheveux
et les habits des enfants juifs avec des couleurs ou de la boue ; et les
soldats turcs entrent souvent dans les maisons, où ils insultent
les femmes, sans que les chefs de familles aient le privilège de
leur dire de se retirer.
---------C'est l'affaire des Juifs d'exécuter
tous les crimi nels, et d'enterrer ensuite leurs corps. On les emploie
encore à porter les Maures sur leurs épaules, quand ceux-ci
débarquent dans des eaux basses. Ils nourrissent les animaux du
sérail, et sont exposés sans cesse aux moqueries des jeunes
Maures, se gardant bien d'en montrer du ressentiment. Fréquemment
battus par leurs persécuteurs, s'ils osaient lever la main dans
une juste défense, cette main, d'après la loi du talion
des Maures, serait coupée. Mais il est encore quelque chose de
plus pénible pour les Juifs : les contributions qu'on impose sur
eux n'ont aucun terme ; une somme de deux mille dollars est exigée
chaque semaine, comme une ta xe générale sur toute la tribu,
en outre de diverses taxes qu'on met sur les individus, surtout quand
il y a quelques jours de fêtes parmi les Maures. Les Turcs emploient
la force pour faire des emprunts ; et chez eux, par opposition avec la
maxime de l'Europe, ce n'est pas celui qui manque de payer qui est incarcéré.
mais bien celui qui refuse de prêter. Un Juif ne peut quitter la
régence s'il ne donne une caution de son retour, et cette caution
monte très haut. Quelqu'un de la secte fait-il banqueroute, et
a-t-il un créancier turc, le Juif est constamment accusé
de fraude et pendu. Mal-heur à ceux qui, dans de semblables occasions,
seraient tentés de se plaindre ; on aggraverait beaucoup leurs
souffrances. Il y a un impôt mis sur les fontaines ; ce qui a donné
lieu à un poète hébreu de leur adresser ces mots
: " Vous êtes comme nous chargées d'impôt' ; mais,
plus heureuses, vous est permis de murmurer. "
---------Le courage stoïque avec lequel
les descendants d' Abraham supportent tout cela, est étonnant "...
PA-NANTI. (P. 229-231).
" CE QUE LE MEPRIS A DE PLUS HUMILIANT,
CF QUE LA PERSECUTION A DE PLUS TERRIBLE "
..." Les Juifs indigènes, toujours en butte aux mauvais traitements
des Turcs, s'occupant de petits commerces et de petits métiers,
parqués dans un ghetto et châtiés avec la dernière
rigueur toutes les fois qu'ils donnaient lieu à une plainte quelconque
; une simple banqueroute était punie du bûcher, tout aussi
bien que le vol et le meurtre ; ils composaient l'immense majorité
de la colonie israélite "... GRAMMONT (P. 233-234).
..." Les Juifs, quoique répandus sur tout le domaine de la
République, ne sont pas plus redoutables que les chrétiens.
Dégradés dans cette région encore plus que dans le
reste de la terre, ils souffrent, sans mur-murer, sans presque s'en apercevoir,
ce que le mépris a de plus humiliant, ce que la persécution
a de plus terrible "... RAYNAL. (T. II - P. 123).
..." Les Juifs sont ici au nombre d'environ cinq mille. Ils jouissent
du libre exercice de leur religion. Dans les affaires civiles, ils sont
gouvernés par leurs propres lois, et soumis à un chef de
leur nation nommé par le pacha. Comme sujets algériens,
ils sont libres d'aller et de s'établir là où ils
veulent, et d'exercer toute espèce d'emploi légal dans l'Etat.
On ne peut pas les ré duire en esclavage. Ils payent une taxe par
tête, et un double impôt sur toutes les marchandises qu'ils
impor tent. Comme dans tous les pays, ils se livrent à toute sorte
de commerce, et sont les seuls banquiers d'Alger. On trouve parmi eux
beaucoup d'ouvriers pour les bijoux d'or et d'argent, et seuls ils sont
employés par le gouvernement à la fabrication des monnaies.
---------Outre les qualités légales
dont ils sont privés à Alger, les Juifs ont encore à
y souffrir d'une affreuse oppression ; il leur est défendu d'opposer
de la résistance quand ils sont maltraités par un musulman,
n'importe la nature de la violence. Ils sont forcés de porter des
vêtements noirs et blancs ; ils n'ont ni le droit de monter à
cheval, ni de porter une arme quelconque, pas même de canne. Les
mercredis et les samedis seulement ils peuvent sortir de la ville, sans
en demander la permission. Mais y a-t-il des travaux pénibles et
inattendus à exécuter, c'est sur les Juifs qu'ils retombent.
Dans l'été de 1815, le pays fut couvert de troupes immenses
de sauterelles, qui détruisaient la verdure sur leur passage. C'est
alors que plusieurs centaines de Juifs reçurent ordre de protéger
contre elles les jardins du pacha ; et nuit et jour il leur fallut veiller
et souffrir aussi longtemps que le pays eut à nourrir ces insectes.
---------Plusieurs fois, quand les janissaires
se sont révoltés, les Juifs ont été pillés
indistinctement ; et ils sont toujours tourmentés par la crainte
de voir se renouveler de pareilles scènes. Les enfants même
les poursui-vent dans les rues, et le cours de leur vie n'est qu'un mélange
affreux de bassesse, d'oppression et d'outrages. Les descendants de Jacob
ne répondent à ces insultes que par une patience inconcevable.
Dès leur enfance ils s'instruisent à cette patience, et
passent leur vie à la pratiquer, sans même oser murmurer
contre la rigueur de leur destinée "... SHALER. (P. 86 à
88).
"AUCUNE ESPECE DE VEXATION ET DE MEPRIS
A LAQUELLE ILS NE SOIENT EXPOSES "
..." La douane d'entrée à Alger pour les marchandises
du Levant et de la chrétienté est de 5 pour cent pour les
Européens, de 5 pour cent pour les Maures et de 12 1/2 pour cent
pour les Juifs. Il n'y a que fort peu de temps que les Maures sont au
même taux que les Européens, pour la douane d'entrée
; ils payaient ci-devant comme les Juifs "... VENTURE DE PARADIS.
(P. 29).
..." Il y a cette distinction entre les Turcs, les Mores, les Chrétiens
et les Juifs, que si un de ces derniers est condamné à mort,
son supplice est le feu. Le plus léger soupçon de quelque
entreprise contre l'intérêt du Gouvernement suffit pour la
punition de ces malheureux. On les brûle aussi sur la conviction
d'une banqueroute frauduleuse. Elle est regardée comme telle, s'ils
sont devenus insolvables pour avoir porté leur commerce au-delà
de leurs propres fonds ; et le cas, où il y a moins de grâce
pour eux à espérer, est lorsque leurs créanciers
sont des mahométans. S'ils sont Juifs, l'affaire est renvoyée
à leurs rabbins.
---------Il leur est défendu de porter
toute autre couleur que le noir, et cela parce que cette couleur est la
plus méprisée parmi les Turcs. Leur habillement consiste
en une robe, qui leur descend jusqu'à mi-jambe, et en un turban
noir ; ou tout au plus en un turban obscur rayé, passé autour
d'un bonnet noir.
---------L'usage était autrefois de
ne jamais admettre un Juif au Mahométisme, qu'il n'eût embrassé
auparavant le Christianisme, conformément à la succession
des trois religions. Mais on s'est si fort relâché sur cette
coutume, qu'il suffit à présent que le nouveau prosély
te mange publiquement de la chair de porc, ou qu'il exécute quelque
cérémonie semblable pour être réputé
Chrétien.
Il n'est point permis aux Juifs ''e sortir du Royaume d'Alger sans donner
caution pécuniaire pour leur retour "... LAUGIER DE TASSY,
P. 119-120).
..." Les Juifs, traités avec tant ce rigueur dans les autres
contrées, ne devaient attendre des Barbaresques que bien peu d'indulgence
; aussi n'y a-t-il aucune espèce de vexation et de mépris
à laquelle ils ne soient exposés. On leur défend
de monter à cheval, ils sont obligés de se servir de mulets
et d'ânes. Quand ils passent devant une mosquée il leur faut
marcher nus-pieds ; ils n'osent point s'approcher d'un puits ou d'une
fontaine pendant tout le temps qu'un Maure y boit ; il leur est également
interdit de s'asseoir devant un mahométan. Leur habillement doit
être noir. Les femmes juives n'ont la liberté que de voiler
une partie de leur visage.
---------C'est parmi les
Juifs qu'on prend ceux qui exécutent les criminels et enterrent
leurs corps. Fréquemment maltraités par leurs persécuteurs,
s'ils osaient lever la main, même dans une juste défense,
cette main, d'après la loi du talion des Maures, serait coupée.
Ils paient de très grosses contributions ; on évalue à
une somme de deux mille dollars (le dollar valant cinq francs) la contribution
qu'on exige de la tribu entière chaque semaine, indépendamment
des taxes supportées par les individus et qu'on leur impose arbitrairement
"... RAYNAL. (T. II - P. 145-146).
"IL Y A ALGER DES LOIS SOMPTUAIRES
TRES SEVERES "
..." Les gens aisés parmi eux (Maures) sont toujours bien
vêtus, mais il ne leur est pas permis de porter l'habillement Turc
sans quelque distinction. Il y a de la différence dans le devant
de leur veste, et dans leur turban, et même ils portent rarement
ce dernier. Leur manteau est d'ailleurs de drap blanc, au lieu que celui
des Turcs est généralement de soie noire "... LAUGIER
DE TASSY. (P. 107-108),
..." Il y a à Alger des lois somptuaires très sévères.
Les Maures ne peuvent porter de l'or sur leurs ha-bits ni aucune espèce
d'armes. Les gens de paye ont seuls le privilège d'être armés
et d'avoir des broderies sur leurs vêtements.
---------Les Juifs
doivent être vêtus de noir depuis la tête jusqu'aux
pieds, et il ne leur est pas mime permis d'avoir des ceintures de soie
rouge ou d'une couleur voyante. Le 13 décembre 1788, on arrêta
tous les Juifs qui avaient oublié cette défense et on leur
fit donner 300 coups de bâton sur la plante des pieds, dans la maison
du dey. Leur coiffure est un bonnet noir au tour duquel ils ceignent un
mouchoir blanc ou noir, soit en fil, soit en soie "... VENTURE. (P.
155).
" LA VIE QU'UN EUROPEEN MENE A ALGER
EST DES PLUS TRISTES "
..." Quelle est donc votre existence dans une ville, où il
ne vous est pas possible d'échanger en sûreté une
parole ; où vous êtes obligé de céder le haut
du p avé aux bêtes de somme ; où les femmes en passant
vous honorent du signe du capricorne ; où les marabouts insistent
pour vous faire circoncire ? "... PANANTI. (P. 240).
..." La vie qu'un Européen mène à Alger est
des plus tristes. La vue de ses frères dans les chaînes l'afflige
continuellement ; et lui-même est sans cesse exposé à
mille dangers qui tiennent au défaut de civilisation du gouvernement
et à la chance probable qu'il peut offenser un fidèle. En
général, cette prétendue injure est suivie d'une
forte bastonnade qu'on administre au Nazaréen. On a souvent encore
vu un marabout enthousiaste insister, d'après les motifs les plus
insignifiants, pour faire circoncire un chrétien, et le forcer
à prendre le turban. II est fort difficile d'échapper à
un semblable appel ; et s'il arrive par hasard qu'un chrétien rencontre
quelques processions religieuses des fidèles, il est à peu
près sûr de subir le martyre. Qu'un chrétien se trouve
à la porte d'un Maure, quand celui-ci sort de sa maison, la jalousie
s'éveille aussitôt ; et il n'est pas besoin d'une forte excitation
pour qu'un coup de poignard soit donné. Si vous êtes trouvé
dans les rues un peu tard la nuit, vous êtes arrêté
et conduit devant le cadi. Etes-vous avec de jeunes Turcs, ils s'a-musent
à vous donner le nom de cornutos ou de chien sans foi, et vous
entendez répéter que les vrais croyants seront sur des lits
de rose avec de célestes houris, pendant qu'au contraire' les chrétiens
et les Juifs seront étendus sur des charbons brûlants. Les
femmes aussi ne veulent point perdre une occasion de s'égayer à
vos dépens ; en passant devant vous, elles vous jettent un regard
très signifiant, et ont bien soin de mettre leurs belles maires
sur leurs fronts, de manière que vous ne doutiez pas qu'elles vous
font les cornes "... PANANTI. (P. 237-238).
LE GOUVERNEMENT
" UNE EXCESSIVE RIGUEUR OU UNE EXTREME
BIENVEILLANCE "
..." A dater de l'infructueuse expédition de Charles-Quint,
la régence d'Alger resta longtemps sous la domination directe du
grand seigneur, qui la gouvernait par un pacha ou vice-roi. Mais comme
l'administration de ces fonctionnaires ne tarda pas à devenir très
oppr essive, qu'ils s'emparèrent de tous les revenus de l'Etat,
et même des fonds que la Porte envoyait pour payer 1a milice turque,
dont la solde manquait souvent, et dont le nombre n'était jamais
au complet; cette milice dépu ta au commencement du 17* siècle,
un certain nombre de ses membres au sultan, pour lui exposer ses griefs,
et lui représenter que si ces désordres continuaient d'a-voir
lieu, le mal ne ferait qu'empirer, et que les Arabes et les Maures se
trouveraient bientôt à même de secouer le joug des
Ottomans, en appelant à leur secours les chrétiens, avec
lesquels ils entretenaient toujours des intelligences secrètes
; après quoi ils proposèrent d'élire parmi la milice
un homme doué des capacités nécessaires, et qui,
sous le titre de dey, serait chargé du gouvernement du pays, de
lever le tribut sur les Arabes et les Maures de la campagne, lequel serait
employé à la solde des troupes, qui seraient toujours tenues
sur le pied de guerre ; de pourvoir à tous les besoins de l'Etat
; en un mot, qui serait à même de se soutenir par ses propres
forces, sans avoir recours à la Porte "... SHAW. (P. 149-150).
..." La milice nomma aussitôt un dey, et établit de
nouvelles lois, qu'on lui fit jurer d'observer et de main-tenir, sous
peine de mort. Les pachas se contentèrent d'abord de leur pouvoir
négatif ; mais ils finirent par se former un parti assez puissant
dans la milice pour faire étrangler les deys qui les offusquaient,
et en mettre d'autres à leur place qui leur étaient plus
dévoués. Mais Baba Ali ayant été élu
dey en 1710, malgré le pacha alors en fonction, il le fit arrêter
et embarquer pour Constantinople, en le menaçant de le faire mettre
à mort, s'il osait remettre le pied à Alger "... SHAW.
(P. 151).
..." Depuis cette époque, le dey se regarde comm e souverain
indépendant, allié seulement de la Porte-Ottomane, dont
il ne reçoit aucun ordre, mais seulement des capigi-bachis ou envoyés
extraordinaires, qu'il ne voit jamais de bon oeil. Il est maître
absolu, commande les forces de terre et de mer, dispose des emplois et
des grâces, récompense et punit à son gré,
et ne rend compte de sa conduite à personne. Toutefois, sa sûreté
exige qu'il agisse avec beaucoup de circonspection, afin d'éviter
les fréquentes et dangereuses révolutions que suscite très
souvent l'inconstance d'une milice féroce, difficile à contenir,
et envers laquelle il faut en user avec une eXcessive rigueur, ou avec
une extrême bienveillance. "... SHAW. (P. 152), d'après
Laugier de Tassy.
" LE DEY EST L'ESCLAVE DES ESCLAVES
"
..." D'après les lois du pays, l'élection d'un dey
d oit se faire à la pluralité des voix de la milice. "...
SHAW. (P. 153).
..." Mais il s'en faut bien que le choix d'un dey se fasse toujours
paisiblement ; car tous les Turcs de la milice étant également
aptes à être élevés à cette fonction,
il y en a toujours quelques-uns de plus ambitieux que les autres, et qui
fomentent des conspirations dans le but de s'emparer du pouvoir, en sacrifiant
celui qui en est revêtu. Celui qui , dans ce cas, peut réunir
le plus de partisans, et tenir la chose secrète jusqu'à
ce qu'ils parviennent conjointement à s'introduire dans le palais
du dey, est à peu près certain de le supplanter après
l'avoir inhumainement massacré. Cela fait, il es t aussitôt
revêtu, par ses partisans, du cafetan de la victime, et proclamé
de la manière suivante : Prospérité à un tel,
que Dieu a voulu élever au gouvernement de l'Etat et de la guerrière
milice d'Alger ! sans que les membres du divan, qui sont présents,
osent proférer un seul mot, parce qu'ils savent qu'ils paieraient
de leur vie la moindre opposition. Ils s'empressent, au con-traire, de
donner l'exemple de l'obéissance, en baisant les premiers, la main
du nouveau dey. Il arrive assez ordinairement que celui-ci, afin de récompenser
ses a dhérents, fasse étrangler tous ceux qui étaient
attachés à l'administration de son prédecesseur,
principalement quand ils ne se soumettent pas de bonne grâce.
------------Le dey est l'esclave des esclaves.
Il vit dans une continuelle méfiance, toujours occupé à
déjouer les trames qui menacent ses jours, méditant et exécutant
de sinistres vengeances contre ceux qu'il soupçonne de nourrir
des projets ambitieux. Mais ce sont les têtes de l'hydre qui renaissent
à mesure qu'on les coupe. Souvent las d'une pareille existence,
il en est qui cherchent à s'y soustraire par la fuite dans les
montagnes du Couco. Toutefois, ce moyen ne leur réussit pas toujours,
et souvent ils sont tués avant d'avoir pu mettre leur projet à
exécution, surtout si on les soupçonne d'emporter de l'argent.
------------Lorsqu'un dey est massacré
par le peuple, ses femmes sont dépouillées de tout ce qu'il
a pu leur donner, et ses enfants sont réduits à la simple
paye de soldats, et exclus de toutes les charges de l'Etat. Si au con-traire,
il meurt de mort naturelle, e e qui est fort rare, il est révéré
comme un saint ; on l'enterre avec cérémonie, et on n'inquiète
point sa famille.
------------Quelquefois, l'élection
d'un dey est suivie immédiatement de plusieurs autres. On a vu,
par exemple, dans le même jour six deys massacrés et sept
élus. On ne fait pas plus de difficulté de reconnaître
un Turc qui s'est fait dey par un assassinat, que celui qui est légalement
élu, parce que, disent les Mah, oétane, ce qui doit arriver
est écrit de tout temps, et n'arrive que par la volonté
éternelle et immuable de Dieu. "... SHAW. F. 154-155-156).
..." Le dey doit être choisi et pris parmi
les soldats de la milice, et être ensuite reconnu et approuvé
par la voix générale de tous les Turcs. Lorsque cette place
est vacante par la mort ou la fuite de quelque dey, toute la milice s'assemble
dans la maison du roi. L'aga ou le général de la milice
demande à haute voix qui on veut élire pour dey ; alors
chacun est maître de désigner qui bon lui semble. Lorsque
celui qu'on a nommé agrée à la milice, on le revêt
du caftan, et on le porte, bon gré mal gré, sur le siège
royal, en disant : A la bonne heure ! Que Dieu donne à un tel félicité,
prospérité ! Ainsi soit-il ". Après quoi tous
lui baisent les mains, en lui promettant fidélité et soumission.
L'on tire alors le canon de la ville, et ainsi se fait dans une heure
de temps, l'élection, le sacre et le couronnement du roi ou gouverneur
d'Alger, Après quoi, le cadi, en présence du divan où
assistent le moufty et les gens de la loi, lui lit tout haut ses obligations,
en lui faisant une courte récapitulation des lois de l'Etat, qui
sont de conserver le royaume, de rendre bonne et prompte justice, de protéger
l'innocent et d'exterminer les mé chants, de punir l'adultère,
et de ne point laisser sor tir les grains et les denrées de manière
que le peuple en puisse souffrir, de taxer même les grains selon
l'abondance et la disette, d'empêcher l'usure sur les pauvres. Il
est averti que s'il contrevient lui-même à tors ces articles,
il sera puni de même qu'il doit punir les autres.
------------Quoique
ce soit là des lois pour l'élection d'un dey, il est rare
qu'il soit élu suivant ces formalités, car, comme la plupart
des deys ont été assassinés, les soldats qui 'se
sont trouvés à la maison du roi, ont élu les deys,
sans aucune convocation et les ont installés. Ces deys ont été
ensuite reconnus comme légitimement élus ; les soldats de
leur parti les ayant proclamés, criant à haute voix : Prospérité
à un tel que Dieu a voulu appeler au gouvernement du royaume de
la milice guerrière d'Alger ! Quelquefois c'est par hasard que
l'élection se fait, comme il arriva, en 1694, après la mort
de Chaban-Dedja. On résolut d'élire le premier vieux officier
que l'on rencontrerait en entrant dans la ville. Alacha-Amet se trouvait
assis sur son tabouret de paille, faisant des souliers. On le prit et
on le couronna roi malgré lui. Il régna trois ans et il
mourut de maladie, aimé, craint et respecté des Turcs qu'il
avait su dompter. D'autre fois, l'assassin même du roi s'est endossé
le caftan du dey tout ensanglanté, s'est allé lui-même
asseoir sur le trône ; ainsi fut reconnu Ibrahim-Dey, qui avait
assassiné Bactat en 1710. "... PEYSONNEL. (P. 408-409).
..." LE CAS PARAISSAIT SI SIINGULIER
ET SI BEAU QU'IL ETAT HONORE COMME UN SAINT "
..." Quand un dey mourait ainsi dans l'exercice de sa charge, le
cas paraissait si singulier et si beau, qu'il était honoré
comme un saint.
------------La milice nomma dès lors
le dey d'une manière absolue, et le plus souvent la violence se
mêlait. aux élections de cette soldatesque, qui, toujours
armée, agissait plus qu'elle ne délibérait. "...
NETTEMENT. (P. 67)
..." En droit, le dey eut dû être élu
par l'assem blée générale ; en fait, les choses se
passaient tout autrement. Lorsque le souverain abdiquait volontairement
ou mourait dans son lit (ce qui n'arriva que onze fois pour vingt-huit
o mutations), son successeur, désigné d'avance, avait pris
les précautions nécessaires, et le changement s'opérait
sans opposition. Mais, quand il succombait à la violence, les assassins
se précipitaient à la .Tenina, dont il occupaient les abords,
et proclamaient celui d'entre eux qu'ils avaient choisi ; souvent un combat
terrible s'engageait sur l'estrade ensanglantée du trône,
et durait jusqu'au moment où les vainqueurs pouvaient tirer le
canon de signal et arborer la bannière verte sur le palais, dans
lequel ils venaient d'installer leur candidat, qu'ils gardaient le sabre
à la main, et qui recevait immédiatement le baise-mains
de tous ceux qui l'entouraient, pendant que les esclaves traînaient
dans la cour le cadavre encore chaud de son prédécesseur
égorgé. Cette scène se répéta quatorze
fois, de 1683 à 1817. Toutes les fois qu'elle se passait, la population
d'Alger en attendait le dénouement dans une impatiente angoisse
; les rues devenaient désertes ; les portes se fermaient et se
barricadaient ; car, aux premières nou velles, la milice s'était
répandue en armes dans la ville, et profitait de l'interrègne
pour se livrer au pillage e t à toutes les, violences imaginables.
Aussitôt intrônisé, le nouveau dey lançait sa
garde de tous côtés, et apaisait le tumulte 'ar quelqu, exécutions.
"... GRAMMONT. (P. 228)
" LES INTRIGUES D'UNE FACTION DOMINANTE
"
..." Quoique l'élection du dey, par le principe des institutions
de la tegence appartienne au divan, elle est pour l'ordinaire le résultat
des intrigues d'une faction dominante parmi les anisai e, et presque toujours
une sanglante tragédie. Un dey est égorgé, pour fair
e place à un nouvel ave_iturit. glus heureux que lui. Ses amis
et ses partisans, sont tués, pillés ou bannis, et tout cela
interrompt tout au plus pe niant vingt-quatre heures, le calme ordinaire
des affaires publiques. Ces révolutions se succèdent avec
une telle elpidité qu'on a peine à y croire, quand on ne
connaît pas les moeurs et le caractère atroce des Turcs.
Un dey d'Alger, est de son vivant, le monarque le plus absolu et le mieux
obéi du monde ; mais son règne est toujours précaire,
et pour lui une mort naturelle est un accident. Un Turc est-il une fois
enrôlé dans le corps des janissaires, n'importe ce qu'il
est, il peut prét ndre à la souveraineté, excepté
qu'il ne soit natif de Bosnie ou de Crête. Il est janissaire : voilà
ses titres et ses qualités ; et souvent la fortune s'est plue à
tirer de bscurité les êtres les plus bas et les plus abjects,
pour les placer sur le trone. On montre encore les tombeau; de sept aventuriers
proclamés souverains et tués le même jour, Comme marque
de mépris ils furent enterrés sur le grand chemin. Celui
qui est élu ne peut ni refuser ni résigner l'honneur de
gouverner Alger ; pour lui il n'est que deux places, le trône ou
le tombeau. "... SHALER. (P. 30-31).
..." Ce chef est, pour l'ordinaire, élu à la suite
du crime et de l'assassinat. Porté par une démocratie la
plus hideusement furieuse, il trouve une insolente aristocratie toujours
prête à soutenir ses actes les plus iniques ; et de ces éléments
opposés, sort une domination militaire avec tous ses inévitables
abus, sa violence sans bernes et sa brutale férocité. "...
PANANTI. (P. 411).
" CETTE FAMEUSE REGENCE D'ALGER, QUI
A ETE PENDANT TROIS CENTS ANS LA TERREUR DE LA CHRETIENTE ET LE FLEAU
DU MONDE CIVILISE "...
..." Peu à peu, et autant qu'il leur fut possible de le faire,
ces hommes simples réglèrent leur gouverne-ment sur l'unique
modèle qui leur fût connu, celui de l'empire ottoman. Prenant
le droit de conquête pour principe de leurs institutions, ils mirent
à la disposition des janissaires, toutes les places auxquelles
étaient attachées la considération. la confiance
et l'argent. Les avantages de ce gouvernement se montrent dans sa continuité
puisqu'après trois cents ans d'existence, il est encore, à
quelques petites exceptions près, le même dans les formes
de son administration. C'est par le fait une république militaire,
gouvernée par un chef électif, nommé à vie,
et ressemblant assez, sur une petite échelle, à l'empire
romain après la mort de Commode. Ce gouvernement se compose ostensiblement
d'un chef souverain, appelé dey, et d'un divan ou grand conseil.
Le nombre des membres du divan n'est pas limité ; ils sont pris
parmi les anciens militaires qui ont eu ou ont encore un commandement.
Le divan élit le dey, et délibère sur toutes les
affaires que celui-ci veut bien lui soumettre.
------------Telle est la théorie du
gouvernement algérien. En vertu de ces pricipes, le crédit
et l'importance du divan devraient s'élever ou s'abaisser selon
le caractère et les les talents du souverain régnant : il
n'en est pas ainsi. Autrefois, le divan était réellement
un corps dans l'Etat, tenant régulièrement ses assemblées,
ayant des fonds à gérer, et prétendant au droit de
discuter toutes les mesures du igouvernement. De nos jours, ce n'est plus
qu'un vain fantôme, dont l'existence serait m ême problématique,
si, en 1816, Orner pacha n'avait pas convoqué un divan, pour délibérer
sur les négociations entre la régence et la Grande-Bretagne.
Depuis que les deys ont fait de la citadelle le lieu de leur résidence,
le divan n'est plus, dans la constitution, qu'un mot sans valeur. Le dey
nomme lui-même ses ministres. Ce sont : le Khaznadji, qui a dans
ses attributions les finances et l'intérieur ; l'Agha ou Bach-agha
qui commande en chef l'armée, et qu'on pourrait appeler ministre
de la guerre ; le Vékil-Hardj, ou ministre de la marine et des
affaires értangères ; le Khodgia de Cavallas, qu'on pourrait
désigner sous le nom d'adjudant-général et de surintendant
des domaines nationaux ; et le Beit-et-mâi, ou juge des successions.
Ce dernier poste est devenu très important, à cause des
revenus qui y sont attachés. Ces ministres forment le conseil privé
du souverain, et sont avec lui le gouvernement de fait, où n'a
rien à voir le prétendu divan. L'élection des deys
d'Alger doit être confirmée par le grand-seigneur, qu'ils
reconnaissent pour leur seigneur suzerain. Mais cette confirmation n'est
jamais refusée, et toujours elle est 'accompagnée du titre
de pacha à trois queues, sorte de dénomination que le souverain
prend dans ses actes publics ; car le nom de dey est à peine connu
à Alger. Les étrangers seuls s'en servent. Dans le principe,
ce fut probablement un surnom, puisque, dans la langue turque, dey veut
dire oncle.
------------Aussitôt après leur
élection, les deys d'Alger jouissent de toutes les prérogatives
attachées à l'autorité souveraine, mais leur installation
solennelle n'a lieu que lorsqu'ils ont reçu le firman du grand-seigneur,
qui approuve leur élection, et, avec le firman, le caftan et le
sabre d'officier, qui leur sont apportés par capidjibe.chi ou messager
d'Etat. "... SHALER. (P. 26 à 29).
..." La constitution d'Alger est essentiellement vicieuse. Le dey
est assez absolu pour faire sa volonté dans les cas particuliers,
mais il, ne peut sans risque, mécontenter la marine et les camps.
Il est obligé de souffrir et d'autoriser lis injustices qui tendent
au bien général. "... VENTURE DE PARADIS. (P. 109).
LES POUVOIRS DU DEY
" CE POUVOIR QUI FAISAIT TOUT TREMBLER
AVAIT DONC A TREMBLER A SON TOUR "...
..." Il a la disposition et la nomination de certaines charges ;
telles sont celles des beys et des caïds qui, suivant l'ancien usage,
ne peuvent être remplies par des Turcs, crainte qu'ils ne deviennent
trop puissants et cela n'est plus observé. Il nomme aussi les écrivains,
le kazanadar, le mizoar, le bethmegi et autres charges qu'il donne et
qu'il ôte à qui bon lui semble, et couve nt au plus offrant.
Mais il ne saurait disposer des charges parmi les soldats, comme celles
d'aga, de bolouk-bachi, aïa bachi et autres que l'ancienneté
et le rang donnent, sans qu'on puisse faire la moindre injustice à
qui que ce soit. "... PEYSONNEL. (P. 413-414).
..." Enfin, il a le droit de vie et de mort sur tous
ses sujets, sans en rendre compte à qui que ce soit, mais il ne
peut lui-même punir les soldats turcs qui, après leur condamnation,
sont envoyés à la maison de l'aga pour y subir l'arrêt
prononcé contre eux : c'était là, sans doute, un
moyen qu'on avait trouvé pour borner le despotisme auquel les Turcs
sont d'ailleurs accoutumés.
------------On voit
par ce récit que le dey d'Alger a tous les droits de la royauté.
Choisi par élection, il a la suprême justice sans appel,
la disposition de l'argent et des troupes, la police, la nomination aux
charges, les monnaies, l'autorité de déclarer la guerre
ou de faire la paix et, qui plus est, l'autorité despotique de
vie et de mort sur ses sujets. Tous ces pouvoirs lui ont été
donnés pour contenir le peuple, maintenir les lois, gouverner et
régir l'Etat. "... PEYSONNEL. (P. 415).
..." Ce pouvoir, si absolu en apparence, avait cependant
des limites ; il était contrôlé par la révolte
et l'assassinat. Le dey, entouré de conseillers de son choix, du
kaznadji ou trésorier, du bath-chaous ou chef des chaous, du kodjdah
ou écrivain, de l'aga ou chef de la milice, et ne prenant leur
avis que selon son bon vouloir, savait qu'il exerçait ce pouvoir
absolu, au risque de sa tête. La milice, qui l'avait élu,
le dé-posait, et sa déposition était presque toujours
sanglante. Ce pouvoir, qui faisait tout trembler, avait donc à
trembler à son tour, et quand on étudie l'histoire des deys,
on croit trouver la réalisation de cette dictature, votée
dans nos assemblées révolutionnaires par un de leurs membres
les plus violents qui demandait la nomination d'un dictateur condamné
à gouverner, un boulet aux pieds et la tête sous le couperet.
"... NETTEMENT. (P. 65).
"DESPOTE SANS LIBERTE, ROI D'ESCLAVES
ET ESCLAVE DE SES SUJETS "
..." Somme toute, c'était une misérable existence,
et c'est avec raison que l'évêque de Ségorbe, Juan
Cano, l'a décrit en cette phrase : " Ainsi vit cet homme,
riche sans être maître de ses trésors, père
sans enfants, époux sans femme, despote sans liberté, roi
d'eclaves et esclave de ses sujets. "... GRAMMONT. (P. 231).
..." Le dey a le gouvernement monarchique et même
despotique ; il est maître absolu du pays et ne rend compte de sa
conduite à personne ; il punit et r écompense qui ben lui
semble, et rend la justice au peuple. Pour cela il est obligé de
rester presque toujours assis sur son siège royal qui est un banc
de pierre, garni de briques, couvert d'une natte, d'un tapis et, p ar-dessus,
d'une peau de lion, au fond de la grande salle au rez-de-chaussée,
qu'on appelle la salle du divan, où le divan s'assemble. Il s'y
rend après la prière du ma-tin qui se fait à la pointe
du jour, et il y reste jusqu'à midi. Dès qu'il a déjeuné,
il y retourne jusqu'à l'assero qui est vers les trois u quatre
heures du soir. Il reste avec les secrétaires, assis à sa
droite devant un petit bureau où ils ont leurs registres pour écrire,
examiner et v érifier ce que le dey ordonne. Le trésorier
de l'Etat, le bachaoux, les chiaoux et le truchement, sont toujours auprès
de lui tant qu'il reste sur son siège. Là, le dey règle,
ordonne, décide généralement toutes les choses, excepté
les affaires de religion et celles où il y a des écritures
qui sont renvoyées au cadi. Chacun, depuis le plus grand jusqu'au
plus petit, vient porter au dey les causes tant civiles que criminelles,
les explique lui-même sans avocat, procureur ni solliciteur et elles
sont décidées sur-le-champ, sans frais et sans appel. Vis-à-vis
la maison du roi, il y a des boutiques où se tiennent assemblés
les officiers, lorsque le dey est à son siège, et dès
que le dey a besoin de quelqu'un on le trouve d'a-bord, et des chiaoux
vont chercher et amènent sur-le-champ toutes les personnes qui
sont appelées en juge-ment, pour répondre aux demandes ou
accusations sur quoi elles sont absoutes eu condamnées. Cette espèce
de justice qu'on pratique par toute la Turquie, a son pour et son contre
: c'est aux législateurs à raisonner là-dessus. "...
PEYSONNEL. (P. 408-41i1).
..." La seule perspective d'une augmentation de paye,
quelque modique que soit cet intérêt, a occasionné
le massacre de plus d'un dey. Baba Ali, placé sur un trône
qui venait d'être ensanglanté trois fois dans la même
matinée, s'occupa des moyens d'assurer sa vie. "... VENTURE
DE PARADIS. (P. 59).
..." Baba Mohammed, qui lui a succédé,
a été assailli au commencement de son règne deux
ou trois fois. "... VENTURE DE PARADIS. (P. 79).
...Rien ne l'empêche aussi de devenir dey ; il n e faut qu'être
né en Turquie pour y avoir des droits...
...Les Turcs n'ayant point de noblesse, il suffit d'être né
en Turquie et d'être musulman pour être reçu dans le
corps de milice d'Alger et pour parvenir aux premières places et
à la dignité de dey. "... VENTURE DE PARADIS. (P. 138).
..." Le dey, malgré son autorité illimitée et
son ex cessif pouvoir, est toujours environné d'innombrables perils.
Une expédition manquée, une longue paix qui fatig ue ses
rapaces courtisans, un doute de leur part que la plus scrupuleuse impartialité
n'ait pas été observée dans la distribution du butin,
enfin, le plus léger délai apporté au paiement de
la solde, suffisent pour enflammer les turbulents janissaires, et produire
un tumulte. qui souvent met fin, en peu d'heures, au pouvoir et à
la vie du chef barbaresque "... PANANTI. (P. 420).
..." Les deys d'Alger ne maintiennent leur souveraineté que
par des pratiques abominables. Ils font souvent périr des innocents,
sur les soupçons les plus 1 égers, ou sur des accusations
mendiées. On a vu même des deys assez sanguinaires pour couper
de leur propre main la tête à leurs ennemis, ou pour les
faire égorger en leur présence. "... LAUGIER. (P. 92).
LES INSTRUMENTS D'OPPRESSION
" TOUTE LA FORCE, LE SOUTIEN ET LA
DEFENSE DE CE ROYAUME... "
..."Toute la force, le soutien et la défense
de ce Royaume consistent en douze mille Turcs, qui, par distinction, sont
appelés soldats, ou Turcs à lapaie. Ce corps comprend le
Dey, les Beys ou Gouverneurs des Provinces, les Commandants des villes,
les Secrétaires d'Etat, l'Amiral, les Capitaines de vaisseaux,
et tels les Officiers tant civils que militaires.
------------Tous les Turcs qui 'passent à
Alger pour entrer dans la Milice, sont des gens obscurs et sans aveu,
des proscrits, ou des criminels qui ont échappé à
la justice. Aussi le nom de Pirate algérien emporte-t-il avec lui
une idée si exécrable, qu'il n'y a que ces malheureux qui
voulussent porter ce titre "... LAUGIER DE TASSY. (P. 310-311)
... " Il faut savoir que ce corps redoutable qu'on appelle milice
est composé de douze mille Turcs, soldats ou gens à la paie,
parmi lesquels sont compris le Dey, les Beys, l'Amiral, tous les Officiers
du Royaume, et les soldats vétérans et invalides dont le
nombre est toujours considérable.
------------Tous ,ces Turcs sont ordinairement
des gens sans aveu et sans ressources, tirés la plupart de la lie
du peuple, ou des proscrits qui, fuyant la juste punition de leurs primes,
viennent se réfugier dans ce pays; d'autre, misérables et
pauvres, que l'espérance de parvenir aux emplois et de gagner à
la course y attire. On reçoit (aussi dans ce pays les renégats
et quelques kourouglis, qui sont des enfants, nés dans le pays,
de pères turcs et de mères maures ou arabes; mais ,ils ne
peuvent jamais posséder certaines charges de l'État, par
la crainte qu'on a qu'ils envahissent la suprême autorité.
Les Maures et les Arabes en sont entièrement ,exclus, étant
regardés comme suspects; on les tient dans une dépendance
qui diffère peu de la servitude. C'est cette milice ou ce corps
redoutable qu'on qualifie d'illustres et magnifiques seigneurs; c'est
elle qui possède tous les emplois et les charges du gouvernement.
Ils y parviennent, aux unes par simple ancienneté, aux autres ,par
choix et élection. Il semble qu'un corps qui a une telle origine
ne peut avoir , qu'un gouvernement défectueux "... PEYSONNEL.
(P. 403-405)
..." La plupart des Turcs Algériens n'ont de la religion que
l'extérieur. Ils vivent dans l'ignorance la plus crasse, et dans
la dernière dissolution. On ne doit point s'en étonner,
puisque la milice, où réside l'autorité ,est un composé
du rebut des Turcs Levantins, et de Renégats Juifs ou Chrétiens
"... LAUGIER DE TASSY. (P. 149).
" LE PRINCIPE FONDAMENTAL DU GOUVERNEMENT
ALGERIEN EST QUELQUE CHOSE DE BIEN SINGULIER. "
... " Le gouvernement entretient à Constantinople
et à Smyrne des agents qui engagent des recrues et les envoient
à Alger sur des navires marchands naulisés. A leur arrivée
ils sont soldats de fait, sous la dénomination de janissaires.
On les incorpore dans les différentes baraques de la ville auxquelles
ils appartiennent le reste de leur vie, quel que soit par la suite le
changement de leur fortune. C'est dans' les quartiers qu'ils s'élèvent
par rang d'ancienneté au plus haut degré de 'paie, et deviennent
membres du prétendu Divan, à moins que quelque heureux hasard
ne les jette dans l'administration; et il faudrait qu'ils fussent d'une
ineptie bien rare, pour ne pas parvenir à quelque emploi avantageux
"... SHALER. (P. 40)
------------Le principe fondamental du gouvernement
algérien est quelque chose de bien singulier. Hors l'établissement
des Mameluks en Egypte, je ne crois pas que l'Ihistoire moderne nous en
offre un autre exemple. Une petite troupe d'aventuriers étrangers
se saisit de l'autorité souveraine, et, dans le gouvernernent qu'elle
établit, réserve aux individus dont elle est composée,
toutes les places auxquelles sont attachés les honneurs, l'argent
et la confiance. Jusqu'ici rien d'étonnant. L'histoire est pleine
de pareils traits; mais par le principe de cette institution, les enfants
de ces étrangers, leurs propres enfants nés dans le pays,
n'ont droit de prétendre ni aux profits ni aux honneurs de ce gouvernement.
Seul, un corps d'étrangers, toujours recrutés au-dehors,
en jouit au détriment des naturels; voilà ce qui est extraordinaire.
Te] est cependant le principe fondamental de la régence d'Alger,
à quelques exceptions près, ,que l'expérience a fait
jufter indispensable "... SHALER. (P. 38)
" UNE REDOUTABLE ARISTOCRATIE DE RACE
ET D'ARMES "
" L'institution 'de l'Odjack, formé de soldats
d'élites recrutés dans la même race et dans une race
conquérante, créait une force militaire redoutable, parce
qu'elle était unie par la solidarité des intérêts
et des périls, toujours menaçante, toujours menacée,
contrainte à se faire redouter pour pouvoir subsister, aguerrie
par des combats continuels, et par conséquent supérieure,
dans le métier de's armes, aux populations dont elle était
entourée, obligée de ne se permettre que de courtes anarchies,
car, inférieure en nombre aux peuples qu'elle gouvernait, elle
eût été bientôt exterminée, si elle ne
s'était hâtée de se rallier autour d'un chef. Sans
doute ce n'était point une aristocratie militaire, ce nom est trop
beau pour ce ramas d'aventuriers sans passé, sans avenir ; mais
c'était au moins une milice aristocratique, redoutable dans la
main de son chef, redoutée par ce chef lui-même, qu'elle
,empêchait de s'endormir dans l'oisiveté fatale aux despotismes
orientaux, car un dey endormi était un (dey appauvri, et paf -même
condamné aux yeux de la milice, qu'il eût été
incapable d'enrichir "... ,NETTEMENT (P. 63).
..." Cette milice était une redoutable aristocratie, de race
et d'armes "... NETTEMENT (P 73).
..." Les soldats turcs et les soldats renégats, qui, à
l'exception des cinq, premières dignités de l'état,
réservées par l'usage ou par la loi aux seuls ottomans,
jouissent des m'emes prérogatives ont tous un grand intérêt
au maintien de la constitution établie. Les poses utiles ou honorables
de l'empire leur sont tous dévolus. Chacun d'eux y a un droit plus
ou moins prochain. Les moins heureux sont ceux qui, ayant passé
le temps de leur service à parcourir tous les grades de la milice,
finissent par celui d'aga, qui ne dure que cieux mois, et qu'on ne quitte
que pour jouir d'une re traite honorable, douce et commode "....
RAYNAL. (P. 121).
..." Un Turc n'est estimé à Alger que s'il est ssidat,
aussi le sont-ils tous, et ne respirent-ils que la guerre "... SHAW.
(P. 186).
... " Cette milice excède rarement dix à douze mille
hommes; elle suffit pour tenir dans la soumission et dans la crainte une
population de cinq millions d'âmes, qui déteste son joug
en cédant à la nécessité d'obéir à
cette soldatesque barbare "... RAYNAL. - T. II (P. 148).
... " Ils obéissent au dey avec une profonde soumission tant
qu'il maintient son autorité, soit par la douceur, 'par la force,
ou par adresse; qu'il n'enfreint pas les lois établies, et surtout
que leur solde est régulièrement payée; car, si elle
vient à être, par hasard, différée d'un jour
seulement, rien n'arrête les mur-mures de cette milice hautaine,
et le dey, est souvent victime d'un aussi court retard "... SHAW.
(P. 184).
..." Bientôt cette milice armée et sans o principes
oest venue à commettre des exactions envers les Bédouins
'et les Kabaïls Énsuite ces misérables ont tramé,
des révolutions, et renversé les chefs de l'Etat, selon
leur caprice "... KHODJA. (P. 130).
... " A des époques plus reculées, le corps des Turcs
qui occupent le royaume d'Alger, s'est rarement élevé au-dessus
de cinq mille; dans ce moment des raisons particulières l'ont réduit
à moins de quatre milles. Seuls ils peuvent prétendre aux
premières dignités de l'État, ou aux charges lucratives
et honorifiques "... SHALER. (P. 39).
" UNE TYRANNIE SANS EXEMPLE DANS L'HISTOIRE
DES AUTRES PEUPLES "
" Les trois provinces sont gouvernées par
des beys, que nomme le souverain, et qui, avec le titre de ses lieutenants,
sont par le fait investis de toute 'son autorité despotique. Le
même pouvoir leur adjoint un vakil ou intendant. Chaque province
est imposée pour une somme déterminée, selon la capacité
qu'on lui suppose pour la ,payer. Le fisc perçoit cette somme par
dividende de six mois. C'est ce que j'explique-rai plus tard, en parlant
des revenus de ce royaume. La situation de ces gouverneurs est nécessairement
précaire, et leur tyrannie comme l'oppression qu'ils font peser
sur les provinces soumises à leur autorité, afin de se créer
des resssources pour conserver leurs places, sont certainement sans exemple
dans l'histoire des autres peuples. Telle est la malheureuse condition
'des habitants de ce royaume, que la douceur et l'équité
dans un gouverneur de province, seraient regardées comme une 'tendance
à la popularité que con-damne le gouvernement central, et
que les coupables, comme le prouve plus d'un exemple, payent de leur fortune
et de leur vie.
------------Toutes les trois années
lunaires, les beys sont obligés de venir en personne, rendre compte
de leur administration au siège du gouvernement; leur entrée
publique est très magnifique, mais la continuation de leur pouvoir,
et leur vie même dépendent du talent qu'ils ont eu, de rassasier
l'avarice des membres de la régence. Je sais, de voie sûre,
que chaque visite des beys à Oran et à Constantine, ne leur
coûte pas moins de trois cent mille dollars; il leur faut, dans
ces occasions, acheter 'la faveur des officiers de la régence,
dont le prix est plus ou moins élevé, selon que leur crédit
est plus ou moins grand. Cependant il n'entre pas la moindre partie de
ces contributions extraordinaires dans les coffres de l'État.
------------Les officiers de la régence
d'Alger ne reçoivent pour leur salaire, que leur paie et leurs
rations comme janissaires. Le pacha lui-même se soumet à
cette loi, avec une apparence de simplicité primitive. Mais dans
leurs rapports avec la société, ce's mêmes officiers
se reposent sur les privilèges de leurs places et la licence qu'elles
leur donnent pour toute sorte d'exactions "... SHALER. (P. 31, 32
et 33).
..." Le bey était le mandataire armé du dey. Collecteur
militaire de l'impôt en argent et en nature, il représentait
la puissance turque au milieu des tribus arabes ; il faisait sentir, quand
il en était besoin, la pointe du glaive aux tribus insoumises,
comme il étendait sa protection sur les tribus dociles "...
NETTEMENT. (P. 76).
..." Le commandement et l'administration du reste de la Régence
étaient confiés à des Beys, qu igouvernaient souverainement
leurs circonscriptions. Ils dev aient apporter au Trésor public
les impôts recueillis ; ces versements se faisaient deux fois par
an, aux mois de mai et d'octobre, et les Beys étaient tenus d'effectuer
personnellement le premier des deux "... GRAMMONT (P. 232).
..." Les beys exercèrent un pouvoir presque absolu ; leur
devoir était de maintenir la paix intérieure et d'assurer
le recouvrement de l'impôt "... GRAMMONT (P. 409).
..." Le Bey de Constantine payait 140.000 piastres fortes, et entretenaient
300 spahis turcs et 1.500 indigènes ; celui de Titery, 4.200 piastres
et 500 cavaliers ; celui d'Oran, qui résida d'abord à Mazouna,
puis à Mascara, 100.000 piastres, 2.000 colourlis et 1.500 indigènes
; le Caïd des Nègres fournissait 25.000 piastres et relit
esclaves ; celui de Blidah, 14.000 pataques ; les revenus du Sebaou et
de la Calle étaient fort aléatoires.
------------Aux sommes qui viennent d'être
énoncées s'ajoutait une multitude d'impôts divers,
sur le corail, les Juifs, las jardins, la cire, les marchandises étrangères,
les patentes, les concessions, les tavernes, les filles de joie, les successions,
les prises de mer, la vente des captifs, les rédemptions, les droits
d'ancrage et de tonnage, et en général sur tout ce qui peut
être taxé : car la fiscalité turque n'a rien laissé
à inventer en matière d'impôts "... GRAMMONT
(P. 232).
..." Par rapport au peuple et aux Arabes ils sont de véritables
rois monarchiques et despotiques, commandant absolument tout ce qu'ils
jugent à propos, et ont carte blanche pour faire ce que bon leur
semble, ce qui les rend très souvent de véritables tyrans
"... PEYSONNEL. (P. 430).
..." Ces petits tyrans, comme ils ne sont placés que pour
s'enrichir et engraisser ceux qui les placent, font des concussions extraordinaires,
volent, pillent et détruisent des nations, suivant leur volonté
ou. leurs intérêts. Aussi leur poste est très fragile.
Comme ils sont obligés d'aller à Alger rendre compte de
leur conduite, ils y laissent très souvent leur tête, principalement
lorsqu'ils sont bien engraissés du sang du peuple. Il y en a qui,
plus habiles, s'enfuient après avoir fait leur coup, et vont dans
d'autres royaumes jouir tranquillement de leurs rapines.
------------Les beys ont sous eux des Caïds,
qui sont des intendants et exacteurs des deniers royaux ; et ces Caïds,
qu'on met dans chaque ville et dans chaque nation, sont encore de petits
tyrans qui ont un diminutif de l'autorité des beys, pillent, volent,
font mourir les pauvres Arabes, suivant leur fantaisie ou leur autorité
"... PEYSONNEL. (P. 430 - 431).
..." Les Caïds, ou gouverneurs des villes, achètent leurs
places, et ils ont communément le noble dessein de se dédommager,
même avec intérêt, aux dépens des habitants,
de l'argent qu'elles leur ont coûté "... (PANANTI (P.
442).
...." Un des grands abus survenus dans le gouvernement turc à
Alger, était d'élever à la charge de bey des personnes
dépourvues de mérite et de capacité. KHODJA (P. 154).
,.." PRESSER UN JOUR L'EPONGE "...
..." Les Beys sont des officiers pourvus du gouvernement des provinces
et du commandement des armées ; ils sont nommés par le dey,
qui les révoque à volonté. C'est une des fonctions
auxquelles on ne parvient pas par ancienneté.
------------Leur autorité est absolue
là où ils commandent. Ils lèvent les impôts
dans les villes, le tribut dans les campagnes, et perçoivent en
un mot dans l'étendue de leur gouvernement tous les revenus publics
dont ils sont tenus de rendre compte au dey une fois par an, et d'en verser
le produit dans le trésor de l'Etat. Toute-fois leur pouvoir cesse
dans Alger, où on les reçoit d'ailleurs toujours avec beaucoup
de cérémonial dans cette circonstance. Le public juge de
l'importance des revenus par le nombre des voitures chargées d'argent
qu'amènent ces fonctionnaires ; et il en témoigne toujours
sa joie par des cris bruyants. A leur arrivée au palais du dey,
celui-ci les revêt aussitôt d'un cafetan. C'est un honneur
dont ils cherchent néanmoins à se dispenser quand ils le
peuvent, incertains qu'ils sont de savoir quel est le sort qui les attend
; s'ils seront traités gracieusement, ou s'ils laisseront leurs
têtes, malheur qui leur arrive fréquemment pour les punir
de leurs prévarications et de leurs concussions, mais surtout pour
les dépouiller des biens immenses qu'ils acquièrent généralement
par toutes sortes de moyens illicites "... SHAW (P. 163-164).
..." Quels que soient les dangers attachés à leurs
fonctions, on peut cependant dire que les beys sont autant de rois dans
leurs gouvernements, et beaucoup moins exposés que le dey aux caprices
de la fortune. Ils ne visent qu'à s'enrichir et à amasser
des sommes considérables ; ce qu'ils ne peuvent faire qu'aux dépens
de l'Etat et au détriment des peuples. Il est difficile, au reste,
de les déplacer s'ils ne viennent pas à Alger ; et il ne
reste alors d'autre moyen de répression que de les faire assassiner
par surprise, ce qui arrive quelquefois. Il en est qui, après avoir
amassé de grosses sommes, s'enfuient secrètement en pays
étrangers "... SHAW (P. 164-165).
..." Le dey laisse, avec la plus grande indifférence, les
beys se conduire comme ils le font ; il semble même prendre plaisir
à les voir s'imbiber du sang du peuple, parce qu'il se propose
bien de presser un jour l'éponge "... PANANTI. (P. 441).
..." C'est à l'aide de cette organisation militaire puissante
que la domination turque s'établit et se main-tint si longtemps
sur l'Algérie, malgré les avanies et les exactions de toute
espèce qu'elle fit peser sur le pays. L'institution des beys, leur
influence, leur intérêt à soutenir la domination turque
au service et avec le concours de laquelle ils s'enrichissaient, la création
de maghzens, ces tribus puissantes, présentes sur les lieux, toujours
prêtes à opérer de rapides et impétueuses razzias
contre les tribus récalcitrantes, dont elles connaissaient les
habitudes et les campements, et en outre intéressées à
augmenter le nombre des tributaires, puisque leur profit s'accroissait
proportionnellement à ce nombre ; l'institution des garnisons turques
qui occupaient les points fortifiés ; les promenades militaires
des trois corps d'armées turcs, qui se montraient sur tous les
points des trois beyliks pendant la perception des impôts ; enfin,
chaque fois que quelqu'un des marabouts, personnages réputés
saints dans le pays, excitait un soulèvement parmi les Arabes ou
les Kabyles, une répression prompte et terrible exercée
par une armée composée d'un noyau d'infanterie turque et
d'une nombreuse et agile cavalerie arabe ; tels furent les principaux
moyens de domination turque "... NETTEMENT (P. 79).
..." L'état n'a d'appui solide que six mille Turcs et quelques
centaines de chrétiens devenus musulmans. Encore beaucoup d'entre
eux ont-ils été mis hors de service par l'âge, par
les infirmités et par les blessures. Les plus jeunes, les plus
audacieux cherchent sur les bâtiments corsaires l'aisance qui leur
manque. Plusieurs exercent des professions qui les éloignent de
leurs drapeaux. Huit ou neuf cents gardent les forteresses et les frontières
; un plus grand nombre parcourent les provinces pour arracher des tributs
toujours payés avec répugnance. Par quelle magie est-on
parvenu, avec des moyens si dispersés et si bornés, à
retenir sous un joug oppresseur des mitions d'hommes toujours malheureux
et toujours mécontents ? "... RAYNAL. (P. 120).
MÉTHODES DE GOUVERNEMENT
" LA CRÉATION DE MAGHZENS,
CES TRIBUS PUISSANTES "...
.." Tous les ans, à la fin du printemps, trois petites armées
sortaient d'Alger, pour ,prêter main-forte aux beys, qui 'commençaient
à cette saison l'opération toujours difficile du recouvrement
de l'impôt ; les tribus Makhezens apportaient. leur concours, et
l'on profitait de ce rassemblement pour châtier les infractions
qui avaient pu être commises, ou pour réprimer les velléités
d'indépendance. Chaque caïd était tenu de réunir
à l'avance les contributions dues par le groupe qu'il commandait
; l'expédition qui prenait le nom ,de Mahalla, durait environ quatre
mois ; elle occasionnait de nombreuses exactions, tant de la part des
chefs que de celle des simples soldats ; on arrivait ainsi à exaspérer
les populations, et des ré-voltes éclataient fréquemment.
Du reste, quelques tribus se faisaient un point d'honneur de ne jamais
payer avant d'avoir fait parier la, poudre "... GRAMMONT. (P. 405).
..." C'est dans l'établissement des Makhezens,
dans cette force tirée du .pays pour subjuguer le pays, que résidait
la véritable 'puissance des Turcs. En arrivant dans la région
du Mogrob, ils virent combien il y avait peu d'homogénéité,
de liaison, de nationalité parmi ces différentes populations
entraînées sur le sol d'Afrique par les diverses invasions,
ou résidu des peuplades primitives. Il ne leur fut point nécessaire
de diviser pour régner, ils n'eurent qu'à profiter des divisions
existantes.
-------C'est
cette institution qui permettait à quelques milliers de Turcs de
régner en maîtres, en despotes "... WAALSIN-ESTERHAZY,
(P. 257).
..." Cette levée des impôts était , la grande
affaire de ces représentants locaux de la souveraineté turque.
La crainte ou la force pouvaient seules les faire, payer, et, chaque année,
la perception des contributions ressemblait à une campagne.
Il faut indiquer les moyens par lesquels les Turcs étaient parvenus,
malgré leur petit ,nombre, à maintenir 'leur domination
sur une vaste étendue du pays et à lever, chaque année,
les impôts. Ils avaient profité des divisions continuelles
des tribus, et ils les avaient distinguées, dans les trois , beyliks,
en tribus magkzen et en tribus rayas. Les premières, qui étaient
les plus influentes, les plus belliqueuses et les, plus fortes, se 'chargeaient
de lever l'impôt sur les autres, à condition d'y avoir part,
;et d'être elles-mêmes exemptées de toute contribution,
excepté de la contribution religieuse. Elles payaient leur cote-part
par cette espèce de service, public, et toute la charge fiscale
retombait sur les tribus rayas "... NETTEMENT. (P. 77).
" IL REGNE PAR LA DIVISION "...
..." Cependant comme les Cabaïlis de Felissa sont presque toujours
en guerre entre eux, le caïd est sollicité tantôt par
un cheikh, tantôt par un autre d'entrer dans leur querelle, et le
caïd ,embrasse le parti qui convient le mieux à ses intérêts.
La politique consiste à 'semer la division parmi eux ,pour les
affaiblir et les ronger les uns après les autres ; c'est un art
dans lequel les Turcs , excellent ".... VENTURE DE PARADIS (P. 127-128).
..." Le caïd de Sebouâ (Sebaou) ne donne
point d'argent à cause, des dépenses qu'il doit faire pour
avoir des troupes suffisantes pour en imposer aux Cabaïles de Felissa
: il envoie au beylik de l'huile et des, figues sèches pour les
corsaires. Ce caïd a la musique et le train des beys ; mais il n'est
pas dispensé d'aaïds, c'est-à-dire de présents
en argent, vis-à-vis du dey, des grands et tout ce qui tient au
gouverne-ment. Ses moyens de gagner c'est de soutenir une nation de Cabaïles
contre l'autre, les Maures qui se ,sou-mettent lui donnant aussi le prix
du sang. Et cela ne laisse pas d'être considérable parmi
des gens qui hérirent du droit de se venger, etc. "... VENTURE
DE PARADIS. (P. 12).
..." Les Arabes errants, plus multipliés, moins avilis, plus
courageux, moins exposés aux outrages que les habitants des villes,
auraient des moyens suffisants pour secouer un joug détesté.
Aussi le gouvernement ne compte-t-il pas autant sur ses forces que sur
son adresse pour les maintenir dans l'obéissance. Dès qu'il
aperçoit dans une des hordes le moindre penchant à la rébellion,
il ne manque jamais d'animer contre elle une des hordes voisines. La guerre
s'engage. Lorque les hostilités ont mutuellement affaibli les deux
tri-bus, il vient au secours de celle dont les dispositions lui sont les
plus favorables, et lui assure infailliblement la supériorité.
Cette politique affermit sa puissance, et au défaut de meilleurs
ressorts il règne par la division "... RAYNAL. (T. II, p.
123).
..." Leur division en un grand nombre de tribus,
dont les intérêts sont opposés, est cause de cet asservissement,
et perpétue leur sujétion. Les gouvernements qui les régissent,
attentifs aux dissensions de ces sociétés particulières,
ne cessent d'alimenter leurs discordes pour les mieux contenir. Ils ont
surtout recours à cette politique machiavélique quand ils
veulent détourner le mécontentement des peuples par des
querelles intestines. C'est ainsi qu'ils soulèvent contre telle
peuplade dont ils croient avoir quelque chose à redouter une peuplade
voisine qu'ils font toujours triompher par les secours qu'ils lui prêtent.
Mais un pou-voir assis sur une base aussi mobile ne peut avoir jeté
des racines bien profondes, et rien ne serait plus aisé que de
le renverser "... SHAW. (P. 212-213).
.." REBELLES PAR NATURE A TOUT SENTIMENT
D'UNION ET DE NATIONALITE "...
..." Les Turcs ne semèrent pas la discorde dans le pays conquis
; elle y existait avant eux, et elle a régné de tout temps
; l'esprit de çof ou de faction est une des marques caractéristiques
de la race ; il se fait sentir de tribu à tribu, dans la tribu
même et dans la moindre fraction de tribu ; les conquérants
n'eurent donc qu'à l'utiliser à leur profit, en favorisant
tour à tour les partis opposés "... GRAMMONT. (P. 412)
..." Les Kabyles d'Alger sont, de tous les habitants
de la Barbarie les plus mécontents et les plus portés à
la rébellion ; aussi les Turcs, très soupçonneux
à leur égard, les surveillent-ils avec une extrême
jalousie "... PANANTE (P. 249).
..." Le pire des effets de l'état actuel de la société
en Barbarie est le manque d'attachement entre les individus et leur défaut
d'unanimité ; produits naturels du despotisme "... PANANTI.
(P. 443).
..." Toutes ces peuplades se tenaient, armées et prêtes
à une révolte générale, à laquelle
il manqua seulement un chef assez habile pour donner un peu d'homogénéité
aux éléments de lutte ; les Turcs ne durent la conservation
de leur pouvoir qu'aux divisions incessantes de, leurs sujets, complètement
rebelles par nature à tout sentiment d'union ou de nationalité
"... GRAMMONT. (P. 410).
..." Les Maures n'étant ,point unis entre eux se trahissent
volontiers les uns les autres ". SHAW. (P. 193).
.. ." En arrivant, dans la région, du Moghrob, ils (les Turcs)
virent combien il y avait peu d'homogénéité, de liaison,
de nationalité, parmi ces différentes populations entraînées
sur le sol d'Afrique par les diverses invasions, ou résidus des
peuplades primitives "... WALSIN-ESTERHASY. (P. 257).
..." Les montagnes inaccessibles dans lesquelles
ils (les Zevawis) vivent les mettent à l'abri des vexations des
Turcs, mais entre eux ils se font des guerres éternelles, et le
plus faible se fait soutenir par le commandant turc le plus voisin, qui
,profite de ces divisions pour les dévorer. Leur haine est implacable
et n'est assouvie que par le sang "... VENTURE DE PARADIS. (P. 14).
" MAINTENIR LES ARABES ET LES MAURES
DANS L'OBEISSANCE ".
..." Comme les Maures se retirent à peu près, toujours
dans l'intérieur du pays à l'approche des troupes, le bey
a constamment soin de se .pourvoir de gros bétail, de moutons,
de biscuit, d'huile et d'autres objets d'approvisionnement que les Maures
sont obligés de fournir, ainsi que les chameaux, les chevaux et
les mu-lets nécessaires pour remplacer ceux qui peuvent manquer
pendant la campagne qui est ordinairement de six mois.
-------Les
camps ont pour objet de maintenir les Arabes et les Maures dans 'l'obéissance
; de lever le carache ou tribut, que l'on fait double à ceux qui
s'y font contraindre ; de mettre à contribution les districts qui
ne .sont pas entièrement soumis ; et enfin d'acquérir de
nouveaux sujets, ce que les beys font en pénétrant assez
avant dans les déserts du Beled-ul-Djérid. Mais comme il
y a un grand nombre de districts dans ces déserts qui, attendu
leur stérilité, ne paient pas le tribut, les beys ne font
guère de campagnes sans y enlever beaucoup d'esclaves ; genre de
spoliation qui leur est d'autant plus facile, que les Maures, n'étant
point unis entre eux, se trahissent volontiers les uns les autres "...SHAW.
(P. 192-193).
..." Les Turcs élevèrent des fortifications
dans les lieax les plus avantageux, et se, rendirent formidables par leurs
armes à feu, inconnues à ces Arabes. D'ailleurs, ils augmentèrent
encore leurs troupes, et tirèrent des secours et les 'lumières
des Juifs et des Mores 'chassés d'Espagne. Enfin ils forcèrent
avec le temps quelques-unes de ces nations arabes à leur payer
un tribut annuel, et les autres à se renfermer dans leurs montagnes.
-------Vers
le temps où les trois armées d'Alger se mettent en campagne,
ces Arabes cachent leur grain et leurs autres effets non transportables,
dans des souterrains, et errent eux-mêmes avec leurs troupeaux jusqu'à
la retraite des Turcs. Ces précautions de la part des Arabes obligent
ces derniers à porter de l'huile avec eux, et à mener des
boeufs et des moutons pour la subsistance des armées. Comme les
Mores et les Arabes devraient par les 'traités leur fournir ces
provisions, s'il leur arrive d'être surpris par les troupes Turques,
elles leur font bien payer tous les arrérages "... LAUGIER
DE TASSY. (P. 110-111).
" LA DOMINATION ABSOLUE DU DEY S'ETEND
A QUATRE JOURNEES DE LA CAPITALE "...
..." La ,plupart des ,montagnes, depuis le royaume de Sous jusqu'à
la plaine du Kairoan, sont peuplées de nations indépendantes.
Alger en a deux fameuses qu'il, n'a jamais pu soumettre : les Cabaïlis
de Flissa et ceux de Zevawa. Les montagnes de Flissa règnent depuis
Dellis jusqu'au Collo ; celles de Zevawa sont plus au midi., Les Zevawis
ont près de 300 villages ; ils ne payent ni tribut, ni capitation,
mais ils se font entre eux une guerre extrême i et ne se réunissent
que contre l'ennemi commun "... VENTURE DE PARADIS. (P. 13).
..." La domination absolue du dey s'étend à quatre
journées de la capitale ; au-delà, et, jusqu'à la
ligne de Bilédulgérid, le pays est habité par des
tribus errantes qui paient un tribut quand, l'armée fait son excursion
annuelle "... PANANTI. (P. 152).
..." Anarchie perpétuelle dans l'intérieur du pays
"... GRAMMONT., (P. XVI).
..." Les Mores de la campagne sont fort abandonnés au larcin,
aussi est-il très dangereux de s'éloigner des villes sans
une escorte. Portés au vol par une juste vengeance, ils ne s'en
font point un crime. Dépossédés du pays par différentes
nations qui les ont réduits ,à la dernière indigence,
ils pillent tout ce qu'ils trouvent par voie de représailles "...
LAUGIER DE TASSY. (P. 102)
..." Mais il , est nécessaire de redire encore une fois que
ce pouvoir se bornait à l'hommage et à la perception du
tribut ; de plus, il faut constater que les montagnards se soustrayaient
à toute obligation. Pour ne citer que les exemples les plus connus,
souvenons-nous que la Grande Kabylie vécut dans un état
d'insurrection presque permanent ; que les tribus du Dahra, loin de payer
l'impôt, harcelaient tous les ans l'escorte du Denouoh d'Oran ;
que, dans l'Aurès, la garnison de Biskra ne s'aventurait pas au-delà
de la vallée de i'Ouer Abdi ; qu'aux portes d'Alger, à El-Affroun,
la Mahalla était régulièrement attaquée comme
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