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sur site le 3-06-2004.......augmentée le
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| ----------«...........on ne peut traiter d'un tel sujet sans se placer dans un contexte bien éloigné de celui d'une métropole avec ses institutions, ses règles et ses traditions et donc dans un certain folklore qui existait non dans les principes mais au quotidien. Il paraît ambitieux d'autre part de résumer dans un article toute l'oeuvre française en matière de justice, mais au moins peut-on en donner un aperçu en rappelant d'abord de quelle manière cette fonction s'exerçait sous la domination turque avant le débarquement de 1830, puis en décrivant l'évolution de l'organisation judiciaire, reflet des hésitations et des tournants de la politique d'administration de ce territoire qui devait permettre à la France de tripler sa superficie et de modifier son histoire. |
| -------Extrait de la revue du Cercle algérianiste, n°96, décembre 2001 avec l'autorisation de la direction de la revue "l'Algérianiste" |
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| Mine de rien , la mise en forme de ces pages me demande beaucoup de temps ,des heures souvent pour chacune d'entre elles . Vous désirez les copier : cela vous est facile et ne vous prend que quelques secondes, le temps de deux ou trois clics. Par respect pour ce travail, (par politesse?) seriez-vous assez aimable de m'en avertir ? Merci du fond du cur..Je peux vous faire parvenir des documents non "tatoués"en fonction de ma disponibilité. |
| ---------Alors
que j'étais jeune avocat, encore stagiaire chez l'un des grands noms
du barreau d'Alger, je recevais un jour de mon patron instruction d'assister
à une reconstitution de crime dans la région de Sakamody,
un col situé à environ quarante kilomètres d'Alger. ---------Il fallut partir tôt en voiture le matin, pour être à huit heures au pied du col, dans un fondouk où attendaient plusieurs mulets, harnachés, prêts à recevoir tous ceux qui étaient appelés à cette opération : juge, greffier, avocats des parties civiles et des prévenus, interprètes... toute une caravane qui, par des sentiers étroits, devait rejoindre, après deux heures de trajet, le lieu du crime. ---------Parcourant pour la première fois ces chemins de crête sur de telles montures, j'ai admiré l'étonnant paysage qui s'étendait au-dessous de nous, la rivière du Hamiz se terminant par un des plus pittoresques barrages de l'Algérie, entouré de forêts, véritable paysage alpin à quelques lieues de la capitale. ---------Arrivés sur place où était évoquée la querelle mal terminée entre deux voisins qui s'étaient préalablement disputés la propriété d'une parcelle de quelques ares et avaient fini après plusieurs années de procédure, par ne trouver de solution que dans le crime, après qu'on eut entendu tous les témoins, vrais ou faux, cités par la partie civile et par l'accusé, vint l'heure du repas. ---------Ce déjeuner, préparé par les gens du douar sous les ordres du caïd présent sur les lieux, fut servi en plein air, sur la pelouse où une énorme keftah remplie de couscous, avoisinait les casseroles d'accompagnement avec la marga, le petit lait, la viande de mouton. Et tout le monde s'assit sur l'herbe, près de vingt personnes le juge, le greffier, les avocats, les parties civiles, les gendarmes et aussi... le prévenu. ---------Un observateur passant à ce moment, aurait presque cru à une fête de famille; tout ce petit monde se servant au plat commun et échangeant des propos bien éloignés de la préoccupation du jour. ---------Si j'évoque ce souvenir aujourd'hui avant de vous parler de la justice en Algérie pendant près d'un siècle et demi de présence française, c'est pour souligner qu'on ne peut traiter d'un tel sujet sans se placer dans un contexte bien éloigné de celui d'une métropole avec ses institutions, ses règles et ses traditions et donc dans un certain folklore qui existait non dans les principes mais au quotidien. Il paraît ambitieux d'autre part de résumer dans un article toute l'oeuvre française en matière de justice, mais au moins peut-on en donner un aperçu en rappelant d'abord de quelle manière cette fonction s'exerçait sous la domination turque avant le débarquement de 1830, puis en décrivant l'évolution de l'organisation judiciaire, reflet des hésitations et des tournants de la politique d'administration de ce territoire qui devait permettre à la France de tripler sa superficie et de modifier son histoire. La justice turque ---------Comment
s'exerçait la justice avant l'arrivée des Français
dans ce territoire soumis à l'administration turque sous l'autorité
d'un dey, siégeant à Alger? ---------La justice
criminelle est, elle, l'apanage du dey ou du bey, sauf pour les petits
délits jugés dans les villes par le hakem (chef), ou le
cheih et belad (sorte de maire), et ailleurs par les caïds, c'est-à-dire
dans tous les cas par les représentants de l'exécutif. Ils
pouvaient prononcer des amendes ou la bastonnade, peine courante. Mais
la peine de mort et les longues détentions étaient le privilège
de l'autorité supérieure. ---------Il
n'empêche qu'en prenant possession d'Alger, le représentant
de la France avait pris l'engagement de respecter la liberté, la
religion et les coutumes des habitants de toutes les classes; et le maréchal
Bugeaud luimême, se considérait lié par cet engagement,
ce qui a longtemps constitué une entrave à une organisation
logique, rationnelle et équitable de la justice. Ce souci français
de respect de la convention accompagnant la capitulation d'Alger le 5
juillet 1830, devait être à l'origine de toutes les hésitations
et des erreurs qui ont marqué l'organisation administrative et
judiciaire de l'Algérie; la France ne voulant bouleverser les habitudes
des indigènes sans chercher à voir ce qu'elles avaient parfois
de cruel et de contraire à tous les principes que notamment la
Révolution française avait introduits dans tout le monde
occidental. Période 1830-1834 ---------C'est
naturellement la période de tâtonnements. ---------Le tribunal
de police correctionnelle, présidé par le commissaire général
de police, connaissait des délits et contraventions. ---------Une affaire
devait illustrer cet antagonisme, celle du cheik des Ouffias un vol ayant
été commis sur des aventuriers Biscarras, Rovigo s'en prit
à la tribu des Ouffias qu'il fit décimer; leur cheik fut
traduit devant un conseil de guerre, condamné à mort et
exécuté. Période 1834-1841 ---------Après
la première période de tâtonnements, c'est une période
de recherches. ---------Pour les
procès entre Français, on crée trois juridictions
de type français et hiérarchisées avec double degré
de juridiction : trois tribunaux de première instance à
Alger, Bône et Oran; un tribunal de commerce à Alger; et
un tribunal supérieur qui connaît des appels de décisions
de tribunaux de première instance et de commerce. ---------Un exemple cité par l'excellente étude d'Edmond Norès, ancien avocat général à Alger, montre bien cette difficulté : le mariage rabbinique ne comportait, pour sa validité, d'autre obligation que l'échange de consentements des époux devant deux témoins. Un juif d'Alger prétendait avoir, dans ces conditions, épousé une riche veuve oranaise qui niait le mariage. Le tribunal rabbinique d'Alger lui donna gain de cause, mais la veuve s'adressa de son côté au tribunal rabbinique d'Oran qui lui donna raison. Le résultat fut que la veuve demeura chez elle. ---------Cette seconde période apparaît cependant comme la plus importante pour l'organisation judiciaire de l'Algérie car elle porte déjà en elle, tous les germes de ce que sera l'administration de la justice algérienne telle qu'elle est encore en place à ce jour. Elle allait cependant trop loin et trop vite dans l'assimilation, et de ce point de vue, elle était en avance sur l'organisation administrative et le statut de ce pays qui était encore soumis aux hésitations et aux combats politiques de Paris. ---------En 1841,
la France est décidée enfin à conserver sa conquête.
Il s'agit donc maintenant de préserver les droits de ses nationaux,
d'ôter tout caractère précaire à l'organisation
du territoire et de la justice, de tenir compte de l'expérience
de ces dix années et d'adapter la justice à celle de métropole,
en tenant compte des particularités et des diversités des
populations algériennes. Période 1841-1854 ---------Cette période voit le triomphe des idées assimilatrices. Les ordonnances de 1841 et 1842 vont s'efforcer de constituer des juridictions sur le modèle métropolitain, la première créant une cour royale et des justices de paix. |
---------La cour royale connaît en appel de tous les jugements rendus par les tribunaux civils ou de commerce et par les tribunaux musulmans. Constituée en cour criminelle, elle juge tous les individus accusés de crimes, indifféremment européens ou indigènes; elle connaît aussi de tous les appels correctionnels. Les cadis perdent toute compétence pénale sauf pour les infractions non prévues par la loi française. ---------Plusieurs justices de paix sont créées sur le modèle français et se substituent donc aux commissaires civils, statuant en premier ressort jusqu'à 300 F et à charge d'appel au-delà de cette somme. Les cadis sont nommés par le gouverneur et leurs décisions soumises à l'appel devant les tribunaux français. Plusieurs textes créent des tribunaux à Blida, Constantine et Mostaganem, créent une seconde chambre à la cour d'appel d'Alger avec titre de premier président. Toutes les affaires civiles sont susceptibles de pourvoi en cassation. Comme l'écrit Norès, on est allé trop loin dans la voie de l'assimilation " la théorie ne put entrer dans le domaine de la pratique et la force même des choses et des faits, plus puissante que les conceptions des idéologues, ne devait pas tarder à faire ressortir que cette assimilation complète était inapplicable dans le domaine de la justice civile en attendant qu'une expérience analogue vint démontrer qu'elle n'était pas de mise en matière criminelle ". --------Comment
confier en effet aux mêmes juges, les problèmes complexes
du droit musulman avec ses Période 1854-1962 ----------La principale
innovation de ce décret de 1854 est la création des justices
de paix à compétence étendue, nouvelle institution
tout à fait originale, destinée à rapprocher la justice
du justiciable dans un pays, écrit M. Zeys : "
presque aussi étendu que la France où il n'existe que seize
tribunaux de première instance, alors qu'il y en a 287 en métropole...
Il fallait donc : ou multiplier les tribunaux de première instance,
ou augmenter les attributions et la compétence des juges de paix
". Cette création devait s'avérer très efficace
et se maintint jusqu'à la période contemporaine, sans modification.
Qu'était donc ce nouveau juge? Recruté comme en métropole,
ce juge devait en outre être titulaire d'un diplôme de législation
algérienne. ----------Une grande
innovation fut, en matière de justice civile musulmane,
l'ordonnance du 23 novembre 1944, créant la chambre de révision
musulmane, chambre spéciale de la cour d'appel d'Alger, véritable
cour de cassation qui devait permettre d'unifier et clarifier le droit
musulman. La procédure est inspirée de celle de la cour
de cassation et, comme la cour suprême française, elle ne
juge pas au fond, mais rejette ou casse le jugement déféré
en le renvoyant devant un autre tribunal. jusqu'en 1962, la chambre de
révision est devenue un véritable régulateur du droit
musulman; sa jurisprudence a survécu à l'indépendance
et il continue à être fait référence à
ses décisions dans l'actuelle cour de cassation algérienne.
----------En
matière pénale, la situation est plus complexe. En principe,
les contraventions et délits sont passibles, comme en métropole,
de simple police et de correctionnelle avec la juridiction déjà
examinée des juges de paix à compétence étendue.
----------Le capitaine Doineau commandait le bureau arabe de Tlemcen, une de ces institutions créées peu après la conquête pour rapprocher l'armée des populations, ce qu'on peut comparer mutatis mutandis, à ce que furent les officiers S.A.S. pendant la guerre d'Algérie. Ils eurent leurs partisans et des adversaires résolus accusant leurs titulaires d'être de petits potentats et décidés à les faire supprimer. L'occasion leur en fut donnée par cette affaire qui commença le 12 septembre 1856 par l'attaque de la diligence qui devait relier Tlemcen à Oran. ----------À 3 heures du matin, alors que les six passagers somnolaient à bord, subitement la diligence fut entourée par une douzaine de cavaliers qui l'arrêtent et s'acharnent sur l'un des passagers, l'agha Ben Abdallah, qu'ils tuent après lui avoir arraché sa légion d'honneur; deux passagers sont blessés mortellement : le secrétaire de l'agha et un négociant, M. Valette. Les soupçons se portent immédiatement sur l'agha Bel'Hadj qui vouait une haine connue de tous à la victime, avec qui il avait eu une violente querelle deux jours auparavant et qui, injure suprême, lui avait tiré la barbe. ----------Le juge
Doineau fut chargé de l'enquête qui ne donna aucun résultat;
à la suite de quoi, le général Cousin Montauban,
commandant la division d'Oran, dépêcha sur place un enquêteur
discret, l'agha Bendaoud, ami de la victime. Il semble que celui-ci ait
prêté l'oreille à tous les ragots qui couraient dans
la ville et il désigna dans son rapport plusieurs coupables, dont
bien entendu l'agha Bel'Hadj et aussi Si Mohamed Khodja, secrétaire
du capitaine Doineau. Des arrestations suivirent sauf celle de l'agha
qui s'enfuit au Maroc. Celui-ci devait être arrêté
quelques mois plus tard en revenant imprudemment à Tlemcen avec
sa nouvelle femme. ----------Le procès Doineau eut lieu à Oran en dix-sept audiences, du 6 au 23 août 1857. Les amis de Doineau crurent bien faire en lui choisissant comme avocat Me Nogent Saint-Laurent qui avait défendu Napoléon III quand celui-ci n'était que conspirateur. Bel'Hadj eut comme avocat l'un des plus célèbres et plus brillants de l'époque, Me Jules Favre, qui fut un véritable procureur pour Doineau et usa de tout son talent pour condamner les bureaux arabes. Face à Jules Favre, Doineau fut, semble-t-il, mal défendu et malgré toutes les contradictions de ses accusateurs, fut condamné à mort le 23 août 1857. Ce fut évidemment un déchaînement dans l'armée, qui n'eut pas le retentissement que devait connaître l'affaire Dreyfus, mais laissa tout de même beaucoup de traces. Doineau fut finalement gracié et transféré à Toulon avant d'obtenir, en 1859, la grâce complète de l'Empereur sous la promesse, qu'il devait tenir, de s'éloigner de France pendant dix ans et de ne rien publier sur son affaire. Il vécut jusqu'à l'âge de 90 ans et mourut à Lille en 1914. ----------L'évocation
de la défense de Doineau me conduit à terminer en rappelant
comment s'est exercée la défense en Algérie pendant
ces 132 années de présence française. Me Roland Blanquer |