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-----Cest une belle journée
de février 2003.
-----Le ciel azuréen est dun bleu hivernal, sans aucun
nuage. Le soleil resplendissant rend les 9 °C de la journée
tout à fait supportables. Nous venons de laisser la voiture sur
le bord de la route du col de Théoule, qui mène au Mémorial
de Notre Dame dAfrique. Après la barrière, qui interdit
le passage des automobiles sur le chemin caillouteux, nous gravissons
le raidillon sans pouvoir éviter de penser à celui encore
plus raide, qui permettait de rallier la Basilique du même nom en
partant de la Mairie de Saint-Eugène à Alger.
-----Le chemin serpente parmi un maquis luxuriant, au sein duquel
on peut reconnaître tous les arbustes caractéristiques et
odorants, typiques de la Mare Nostrum. Les arbousiers pullulent en petits
éléments éparpillés parmi les lentisques.
Le soleil rend, bien sûr, plus odorant ce dernier et sa sur
la myrte, qui à cette époque ne présente pas sa petite
fleur blanche si gracile. Mais ses feuilles disputent à celles
du lentisque le droit denchanter nos narines. Jen écrase
quelques exemplaires et les porte à mon nez reconnaissant. Ça
et là, les touffes de thym et de romarin apportent le vert-gris
de leurs petites feuilles à la somptueuse harmonie des couleurs
de ce maquis de rêve. Les pins parasols ajoutent le vert profond
de leurs aiguilles au tableau. Les bruyères à fleurs blanches,
comme aux Deux-Moulins ou à Baînem, accordent leurs notes
à celles des autres arbustes. Les nuances olfactives entrelacées
de tous ces végétaux changent au fur et à mesure
que nous avançons de notre pas de promeneurs maquisards. En effet,
le mélange des essences change tous les mètres ou presque
et le charme grandit. La pente devient un peu plus dure et les ravines
des eaux de ruissellement nous obligent à une gymnastique des chevilles.
Lharmonie des verts se renforce et pourtant nous napercevons
toujours pas la statue. Le sommet nest toujours pas atteint. Les
passants nous gratifient, tous, dun bonjour à laccent
moins chantant que celui des autochtones traditionnels, mais il est délicieusement
mâtiné de gutturales arabes.
-----Cela sent bon le pays natal.
Cest comme là-bas
dit !
-----La nature, le maquis, les odeurs, tout y est. Seuls, les rochers
grandioses affichent cette rutilante couleur rouge propre à lEsterel.
Je métais interrogé en arrivant en 1962. « Est-ce
que les natifs de cet El Dorado, quon appelle la Côte dAzur,
se rendent compte vraiment de la splendeur du décor, qui les entoure?
». Je lespère, jen suis même sûr.
Je nen veux pour preuve que le fait que lors de notre exil tout
neuf, certains dentre eux, en 1962, ne connaissaient ni Marseille
(178 Kms), ni même, pour une minorité, Nice (32 Kms). Ils
étaient bien chez eux et navaient aucune envie daller
voir ailleurs. Nous par contre, alors enfin libérés de nos
couvre-feux et de nos secteurs interdits (gorges de Palestro, Ruisseau
des Singes, Haute Kabylie
), nous « bouffions » littéralement
des kilomètres. Nous allions à Marseille un jour, en Italie
le lendemain et à Monaco la semaine suivante. Nous levions toujours
aussi les bras en lair, dune manière tout à
fait réflexe, en pénétrant dans les grands magasins,
mais, très vite, nous les rabaissions, tout interloqués
de ne pas être fouillés au corps
comme aux «
Galeries de France » à Alger. Je ne plaisante pas, huit ans
dhabitude ne se sont pas effacés du jour au lendemain.
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-----Nous continuons la promenade enchanteresse,
bientôt éclaboussés par les jaunes dor des mimosas,
qui, février oblige, constellent notre maquis tout vert de leurs
éclatantes grappes de fleurs délicates. Comme le mimosa
nest pas, mais alors pas du tout, absent de la symphonie olfactive,
la balade devient un rêve éveillé avec en prime la
sensation que nous flottons dans lair de cette colline paradisiaque.
Et moi qui ai laissé mon appareil photo numérique bien rangé
dans mon placard ! Que cest dur.
-----Dès le sommet atteint, nous
apercevons la fameuse statue, que je croyais béatement jumelle
de la « vraie » ? Jattendais une petite statue de plâtre
avec une robe bleue et le visage basané. Rien de tout cela, le
« monstre » me fait instantanément pensé à
la statue du Mandarom à Digne. En effet, le « chef duvre
», si cen est un, est fait de ferraille rouillée et
ne mesure pas moins de 7 mètres de haut. Il est actuellement affublé
dun échafaudage permanent, qui gâte encore la sauce.
Le tout, je lavoue, en esthète plutôt classique que
je suis et souhaite rester, me met un tantinet mal à laise.
Seuls, lécartement des bras en signe daccueil et la
douceur du sourire essaient de me sortir de lembarras moral ressenti.
-----Le socle est entouré dun fossé à
parois verticales, qui sont ornées de centaines de plaques céramiques,
portant le nom et les villages natals des disparus honorés par
les leurs sur ce qui est devenu un « Mémorial » au
sens propre du terme.
-----Par contre la vue offerte à la statue est incomparable.
Sur plus de 180° le panorama comprend ce jour-là du moins,
la ville de Cannes paresseusement alanguie au bord dune mer dhuile,
les Îles de Lérins avec le château des moines de Saint
Honorat, dressé au ras des flots, et de lautre côté
les crêtes flamboyantes de lEstérel, dont le rouge
des rochers est avivé par le soleil presque couchant. Si vous ajoutez
à ce plaisir des yeux, le mélange olfactif environnant,
qui enivre littéralement, nous pouvons dire pour une fois de manière
justifiée, que nous sommes contents de la promenade (à défaut
de voyage).
-----Il ne nous reste plus quà redescendre le raidillon
caillouteux à travers le maquis généreux de ses couleurs
et odeurs. Là, nous avons droit à lautre panorama,
celui de la belle rade de Théoule, avec le spectacle toujours serein
des ports de plaisance de Théoule, de La Napoule et au loin du
vieux port de Cannes.
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----Le calme redescend sur cette nature généreuse
et la nuit se prépare doucement.
Marc STAGLIANO
marc.stagliano@wanadoo.fr.
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