sur site le 16/12/2002
-Assus croquait la vie
pnha n°73, nov 1996.
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assus salomon

-----Salomon ASSUS est né le 31 Août 1850 à Alger dans l'ancien "quartier de la Marine", rue Navarin.
-----C'est dans cet ancien quartier de la Marine qu'il vécut son adolescence.
-----A cette époque c'était le centre de la ville. Alger ne s'étendait alors qu'entre la porte fortifiée de Bab-el-Oued et celle de BabAzoun, entre le boulevard Guillemin et ce qui devait devenir la Grande Poste.
-----Salomon Assus fit ses études secondaires au grand Lycée National d'Alger où il eut pour condisciple et ami Charles de Galland. Puis sorti du lycée ce fut l'Ecole des Arts et Métiers puis l'Ecole des Beaux-Arts d'Alger installée alors dans la basse Casbah et que dirigeait le peintre Lazerges.

Premiers coups de crayon

-----En 1868, Salomon Assus, à dix-huit ans, fait paraître. en collaboration, un album intitulé : "Coups de crayon et coups de plume" charges et biographies des célébrités du moment.
-----En mars 1877 il collabore avec de Noter au "Tartempion" journal algérois satyrique, artistique et humoristique.
-----Puis il partit compléter son éducation à Paris. II y rencontra André Gill, (le caricaturiste de l'Eclipse, auteur de l'enseigne du
cabaret du père Frédé, rue des Saules : le "Lapin à Gill...". Puis il séjourna, chez sa tante, à Londres, où il compléta son éducation artistique en étudiant sur place les toiles des maître anglais. II y rencontre Gustave Doré. Son rêve, à Paris devint alors de travailler pendant une année au moins chez ce dessinateur réputé Gustave Doré. La guerre de soixante-dix et la crise qui suivit l'empêcheront de le réaliser. L'influence d'André Gill, à Paris, se fit sentir, tout au moins au début de sa carrière, dans les portraits-charges des célébrité algériennes de l'époque et que Salomon ASSUS exécuta plus tard jusque vers les années 1895-1896 pour la première page de différentes revues, notamment " Le Turco", "La Revue Algérienne "Le Charivari Oranais" puis le "Charivari Oranais et Algérois". On retrouve en effet,dans ces portraits les mêmes déformations que celles que présentent ceux d'André Gill : la tête, considérée comme le centre d'intérêt est l'objet d'une analyse formelle psychologique serrée ; son volume, pour la même raison est démesurément grossi comme pour forcer l'attention sur ce qui doit être considéré comme l'essentiel alors que le corps ne semble être là que pour exprimer l'action en s'accompagnant d' attributs particuliers au personnage. II est parfois même, chez certains, remplacé par celui d'un animal pour rendre plus évident un travers ou un trait de caractère. Mais ces traits disparurent quand ASSUS réalisa ses cartes postales. II fit alors preuve d"une technique tout à fait personnelle.

Scènes et types

-----Là, Salomon Assus fut en quelque sorte le témoin de son temps, aussi bien par les personnalités qu'il dessina que par les scènes de rue qu'il décrivit avec humour et vérité. II fit en particulier un portrait de Salomon Zennati, célèbre rabbin vénéré au XIXè siècle qui aurait porté une lettre de l'Emir Abd-el-Kader au roi Louis-Philippe en 1839.

 

-----Parmi tant d'autres il fit les portraits de M. Eugène Robe. Conseiller Général, d'Aumerat, et de nombreuses célébrités de l'époque.
-----Ces portraits, en plus de l'attrait politique qu'ils présentaient constituaient avec les scènes et types algériens, des documents d'un vif intérêt sur l'évolution de ce pays et sur l'atmosphère qui y régnait à une certaine époque.
-----II s'appliquait, d'ailleurs à représenter les différents types d'habitants de cette Algérie de fin de siècle sous forme d'une série de groupes divers à l'habillement et au parler divers, caractérisant cette cohabitation polyethnique, à l'époque, à première vue, harmonieuse.
-----Mais avant d'en venir à ces "scènes algériennes" par lesquelles s'affirme, dégagée de toute influence, la personnalité de Salomon Assus dans toute son originalité, il convient de rappeler qu'il fut aussi un peintre d'un authentique talent. Malheureusement peu de ses peintures subsistent aujourd'hui.
-----Dans ces scènes, ces types de la rue, dans l'étude desquels il s'est entièrement réalisé témoignaient de rares dons d'observation et d'un sens pénétrant de la vie. C'est pourrait-on dire l'essence d'Alger... d'un Alger non point tant observé de l'extérieur mais vécu. éprouvé presque, dans l'invention qui n'était qu'une restitution.
-----C'est la plupart de ses dessins qui illustrèrent ensuite ses cartes postales. Cartes postales qu'il édita lui-même ; ces cartes postales humoristiques furent propagées et vendues non seulement sur tout le pourtour méditerranéen mais également dans les pays du Moyen-Orient et dans des villes de la Mer Rouge comme Aden...

Un fin lettré

-----Salomon Assus parlait couramment plusieurs langues, l'arabe, l'anglais, l'espagnol,...
-----Les sujets traités sur ces cartes étaient accompagnés de textes humoristiques. Ces cartes postales que se disputent les collectionneurs sont devenues rares aujourd'hui.
-----II en est également qui représentent la plupart des personnalités, d'Alger, et de France. L'ensemble constitue un document historique et sociologique de valeur sur toute la seconde moitié du XIXè siècle.
-----C'est également Salomon ASSUS qui immortalisa "Cagayous" ce gavroche Algérois, enfant de Bab-el-Oued. II en fit l'image pour illustrer les récits picaresques, aujourd'hui à peu près introuvables, oeuvres de son ami Robinet alias Musette et dont le succès s'est étendu jusqu'en territoire métropolitain. (on vient d'en faire une partielle réédition).
-----De nombreux dessinateurs tentèrent à Alger de l'imiter en empruntant ses sujets mais ils y apportaient, outre le superficiel de l'observation un esprit de moquerie agressive tout à fait étranger à son talent. Ses oeuvres doivent souvent être lues au second degré.
-----En effet, on chercherait en vain dans ses dessins la moindre trace d'agressivité ou d'intolérance : la vérité y est seulement rendue évidente par l'exagération de certains traits humains, dans le sens de la drôlerie sans doute, mais toujours avec l'accent de la sympathie et l'unique et l'innocent désir d'amuser et surtout de témoigner. Jamais ni critique, ni dénigrement. Attitude volontairement intransigeante qui lui fit rompre toute collaboration avec la presse à partir de l'année 1897, malgré ses grandes difficultés financières.
-----Pendant la grande guerre et après le départ de son grand fils et de ses gendres, il dut subvenir aux besoins de ses enfants et petits-enfants. Surmenage et manque d'argent, dit-on, le mirent à dure épreuve.
-----Salomon Assus est mort à Al,er en 1919 au cours de l'épidémie de grippe espagnole. Son corps est inhumé au cimetière de Saint-Eugène à Alger. Une décoration ornait sa boutonnière.
-----Une rue d'Alger portait son nom.

Docteur André Assus