La pratique du ski en Algérie était
une réalité souvent méconnue.Dans les années
qui précédèrent l'éclatement de la rébellion,
les adeptes étaient nombreux tant à Chréa qu'à
Tikjda.Mais dès 1956, l'Atlas et la Kabylie se transformèrent
en lieux de combats. Le rêve d'un développement touristique
du Djurdjura s'effondrait... encore une perte de plus à mettre
au passif des désastreux accords d'Evian !
Boris Kan, qui fit partie de cette équipe fanatique de skieurs,
nous résume brièvement quelques souvenirs, évocation
rapide et incomplète de l'Algérie heureuse.
-------Quel
sport pouvait laisser un "pieds-noirs" indifférent
? Pas même le ski réputé alpin, et ce bien avant
que la métropole ait affublé de ce nouveau vocable notre
communauté désormais exilée.
Aperçu historique
-------Dans
les années "20", au retour de la "Grande Guerre"
un groupe de pionniers, animés par le docteur Marcel Granger
se lancèrent sur les pentes de Chréa, dans l'Atlas blidéen,
et y entraînèrent leurs enfants et leurs amis.
-------Le
coup d'envoi était donné et jusqu'au déclenchement
du 2è`conflit mondial,
Chréa faisait le plein chaque dimanche, à tel
point que beaucoup montaient à pied depuis "la glacière",
pour savonner la "grande piste" ou le "plateau Lutaud"
et admirer les évolutions d'un moniteur venu d'Autriche Veyssiak,
former la première génération de skieurs aux différentes
disciplines, y compris le saut à skis.
-------Parallèlement
un groupe sous l'impulsion de quelques "cheminos" de Bouïra,
créait avec Paul Lehoux, René Lavernhe, R. Bremontier,
A. Perrin, Bonvallot, entre autres, le ski-club de Tikjia, en 1938.
-------La
guerre stoppa cet élan et il fallut attendre le retour de toute
une jeunesse, mobilisée dès 1942 à l'âge
de 18 ans pour aller libérer la mère patrie occupée,
pour assister à un nouveau rush qui allait être irrésistible
jusqu'au soulèvement de la rébellion. Et ce fut la fin
d'une belle aventure.
Les stations
-------Chréa
à 70 kms d'Alger, au-dessus de Blida, fut la première
à se développer. Culminant à 1550 m, son enneigement
était capricieux, et ses dénivelées faibles. C'était
aussi l'été une station climatique qui permettait de se
reposer des chaleurs torrides de la Mitidja.
-------L'industriel
Paul Lehoux, un des meilleurs skieurs locaux, y construisit son premier
"tire-fesses" entraîné par le treuil d'un Dodge
4X4.
-------Tikjda,
en-dessous de Bouïra, à 130 kms d'Alger connut son véritable
essor dès 1948. Avec des sommets de plus de 2 000 m, l'enneigement
y était plus régulier, moins vulnérable aux influences
maritimes avec des pistes de l'ordre de 500 m de dénivellation.
-------Le
"refuge des cheminots", dit "hôtel Musetti",
datait d'avant 1959. En 1948 le Club Alpin Français créait
le refuge du Tigounatine.
-------Le
docteur René Lavernhe équipa ce massif de 2 remonte-pentes
modernes (de marque Poma) et d'un chalet hôtel qui allaient changer
la vie de ceux qui jusque-là, mus par leurs seule passion, remontaient
à pied les pistes pendant 1 heure, pour redescendre en quelques
minutes ! Le vrai ski était lancé.
-------En
1949, Paul Lehoux s'installait sur un autre massif, l'Akouker, avec
2 remonte-pentes de sa conception et un refuge-hôtel d'altitude
dominant toute la chaîne de montagnes. Par la suite il partit
au Canada et équipa plusieurs stations dans les Laurentides.
-------De
plus, tout ce complexe permettait l'accès de randonnées
à skis merveilleuses, comme le col du Cenad, la descente vers
Goulmine et la vallée de l'Haizer. L'été de nombreux
alpinistes escaladaient aiguilles et sommets. Les sports de montagne
prenaient leur véritable essor.
-------Dans
le constantinois, un petit groupe d'amateurs se lançait sur les
pentes du Chelia, au-dessus de Batna, à 50 kms des confins sahariens.
Près de Michelet en Kabylie, la piste de Tigi-Djemad était
équipée d'un chalet et d'un téléski qui
furent inaugurés en 1954.
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Les Sportifs
Les hommes et les femmes qui disputaient 4 mois durant les descentes,
slaloms et slaloms géants avaient en commun la passion de la montagne
et du ski. Ils ne couraient pas pour de l'argent mais pour le seul plaisir
de se mesurer chaque dimanche entre camarades. Ils débordaient
d'une amitié joyeuse, souvent bruyante et qui pour certains dure
encore. 3 grands clubs étaient regroupés au sein d'un comité
Algérien de la Fédération Française de ski,
longtemps présidé par le docteur Granger, puis par Raymond
Bremontier.
-------Le Ski-Club Algérien,
créé par le docteur Granger était le plus ancien
et comptait surtout les adeptes de Chréa. Il était présidé
par Jacques Simian. Autour de son leader, le moniteur Robert Desigaux,
on retrouvait René Blasselle, P. Bailly, R. Chamoux, J. Chatord,
P. Conte, André et Jean-Claude Cosso, G. Ferrero, J. Granger, Maurice
et François Nibelle, A. Romeo, H. Saurat, P. Simian, Rinette Tachet
....
-------Le Ski-Club de Tikjda avait
comme vedette Paul Lehoux entouré d'excellents coureurs comme Léo
Baudin, Michel et Jacqueline Blanguernon (tous 3 moniteurs), Bremontier,
J.P. Klene, René Lavernhe et ses enfants : Jacqueline, Jean-Pierre
et surtout Guy qui fut l'un des trois meilleurs skieurs d'Alger, B. Sturzzneger,
A. Perrin, Juliette Bremontier...
-------Le Ski-Club Alpin Algérien,
section du Club Alpin Français créé et animé
par Pierre Daboussy était une équipe redoutable qui comptait
plusieurs champions comme Robert Rhein, B. Jouyne, M. Treille,
Roger Frison-Roche et surtout son fils Jean qui devait hélas trouver
la mort en avion en 1954 et qui avait représenté
l'Algérie aux championnats de France. Citons encore R. Daboussy,
Daviot, J. Dubouchet, B. Dumay, B. Kan, P. Loubeyre, J. Roche (qui fut
par la suite Directeur de l'Office du Tourisme de Megève), J. Tavernon,
Vacherand .... Chez les femmes citons M.J. Fourès, Anne-Marie
Tierce (qui devait devenir la mère de Florence Arthaud)
et surtout sa soeur Monique qui fut en Equipe de France B. Cette équipe
remporta plusieurs années consécutives le "challenge
de l'Echo d'Alger", classement par clubs. Une fois par an, tous ces
skieurs rencontraient, alternativement en Algérie ou au Maroc,
leurs rivaux Marocains où figuraient d'authentiques champions comme
R. Lacaze, Dugit, Simon, Viard... auxquels se mêlaient l'Equipe
de France avec Maurice Sanglard (champion de France 1952), H. Thiolière,
G. de Huertas...
-------Reste de toute cette épopée
le souvenir d'ambiances passionnées et joyeuses, comme la montagne
sait en donner, et dont les amitiés solides se poursuivent encore
parmi les survivants de cette merveilleuse histoire ; il n'est pas rare
d'en rencontrer sur les pistes métropolitaines de Chamonix, Megève,
Val d'Isère, Courchevel ou Avron...
-------Mais pour eux, l'Algérie c'est
fini ....
Boris Kan
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