sur site le 30/08/2002
-Le ski en « Algérie de papa »
La pratique du ski en Algérie était une réalité souvent méconnue.Dans les années qui précédèrent l'éclatement de la rébellion, les adeptes étaient nombreux tant à Chréa qu'à Tikjda.Mais dès 1956, l'Atlas et la Kabylie se transformèrent en lieux de combats. Le rêve d'un développement touristique du Djurdjura s'effondrait... encore une perte de plus à mettre au passif des désastreux accords d'Evian !
Boris Kan, qui fit partie de cette équipe fanatique de skieurs, nous résume brièvement quelques souvenirs, évocation rapide et incomplète de l'Algérie heureuse.

pnha n°56 avril 1995

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La pratique du ski en Algérie était une réalité souvent méconnue.Dans les années qui précédèrent l'éclatement de la rébellion, les adeptes étaient nombreux tant à Chréa qu'à Tikjda.Mais dès 1956, l'Atlas et la Kabylie se transformèrent en lieux de combats. Le rêve d'un développement touristique du Djurdjura s'effondrait... encore une perte de plus à mettre au passif des désastreux accords d'Evian !
Boris Kan, qui fit partie de cette équipe fanatique de skieurs, nous résume brièvement quelques souvenirs, évocation rapide et incomplète de l'Algérie heureuse.

-------Quel sport pouvait laisser un "pieds-noirs" indifférent ? Pas même le ski réputé alpin, et ce bien avant que la métropole ait affublé de ce nouveau vocable notre communauté désormais exilée.
Aperçu historique
-------Dans les années "20", au retour de la "Grande Guerre" un groupe de pionniers, animés par le docteur Marcel Granger se lancèrent sur les pentes de Chréa, dans l'Atlas blidéen, et y entraînèrent leurs enfants et leurs amis.
-------Le coup d'envoi était donné et jusqu'au déclenchement du 2è`conflit mondial, Chréa faisait le plein chaque dimanche, à tel point que beaucoup montaient à pied depuis "la glacière", pour savonner la "grande piste" ou le "plateau Lutaud" et admirer les évolutions d'un moniteur venu d'Autriche Veyssiak, former la première génération de skieurs aux différentes disciplines, y compris le saut à skis.
-------Parallèlement un groupe sous l'impulsion de quelques "cheminos" de Bouïra, créait avec Paul Lehoux, René Lavernhe, R. Bremontier, A. Perrin, Bonvallot, entre autres, le ski-club de Tikjia, en 1938.
-------La guerre stoppa cet élan et il fallut attendre le retour de toute une jeunesse, mobilisée dès 1942 à l'âge de 18 ans pour aller libérer la mère patrie occupée, pour assister à un nouveau rush qui allait être irrésistible jusqu'au soulèvement de la rébellion. Et ce fut la fin d'une belle aventure.
Les stations
-------Chréa à 70 kms d'Alger, au-dessus de Blida, fut la première à se développer. Culminant à 1550 m, son enneigement était capricieux, et ses dénivelées faibles. C'était aussi l'été une station climatique qui permettait de se reposer des chaleurs torrides de la Mitidja.
-------L'industriel Paul Lehoux, un des meilleurs skieurs locaux, y construisit son premier "tire-fesses" entraîné par le treuil d'un Dodge 4X4.
-------Tikjda, en-dessous de Bouïra, à 130 kms d'Alger connut son véritable essor dès 1948. Avec des sommets de plus de 2 000 m, l'enneigement y était plus régulier, moins vulnérable aux influences maritimes avec des pistes de l'ordre de 500 m de dénivellation.
-------Le "refuge des cheminots", dit "hôtel Musetti", datait d'avant 1959. En 1948 le Club Alpin Français créait le refuge du Tigounatine.
-------Le docteur René Lavernhe équipa ce massif de 2 remonte-pentes modernes (de marque Poma) et d'un chalet hôtel qui allaient changer la vie de ceux qui jusque-là, mus par leurs seule passion, remontaient à pied les pistes pendant 1 heure, pour redescendre en quelques minutes ! Le vrai ski était lancé.
-------En 1949, Paul Lehoux s'installait sur un autre massif, l'Akouker, avec 2 remonte-pentes de sa conception et un refuge-hôtel d'altitude dominant toute la chaîne de montagnes. Par la suite il partit au Canada et équipa plusieurs stations dans les Laurentides.
-------De plus, tout ce complexe permettait l'accès de randonnées à skis merveilleuses, comme le col du Cenad, la descente vers Goulmine et la vallée de l'Haizer. L'été de nombreux alpinistes escaladaient aiguilles et sommets. Les sports de montagne prenaient leur véritable essor.
-------Dans le constantinois, un petit groupe d'amateurs se lançait sur les pentes du Chelia, au-dessus de Batna, à 50 kms des confins sahariens. Près de Michelet en Kabylie, la piste de Tigi-Djemad était équipée d'un chalet et d'un téléski qui furent inaugurés en 1954.

Les Sportifs
Les hommes et les femmes qui disputaient 4 mois durant les descentes, slaloms et slaloms géants avaient en commun la passion de la montagne et du ski. Ils ne couraient pas pour de l'argent mais pour le seul plaisir de se mesurer chaque dimanche entre camarades. Ils débordaient d'une amitié joyeuse, souvent bruyante et qui pour certains dure encore. 3 grands clubs étaient regroupés au sein d'un comité Algérien de la Fédération Française de ski, longtemps présidé par le docteur Granger, puis par Raymond Bremontier.
-------Le Ski-Club Algérien, créé par le docteur Granger était le plus ancien et comptait surtout les adeptes de Chréa. Il était présidé par Jacques Simian. Autour de son leader, le moniteur Robert Desigaux, on retrouvait René Blasselle, P. Bailly, R. Chamoux, J. Chatord, P. Conte, André et Jean-Claude Cosso, G. Ferrero, J. Granger, Maurice et François Nibelle, A. Romeo, H. Saurat, P. Simian, Rinette Tachet ....
-------Le Ski-Club de Tikjda avait comme vedette Paul Lehoux entouré d'excellents coureurs comme Léo Baudin, Michel et Jacqueline Blanguernon (tous 3 moniteurs), Bremontier, J.P. Klene, René Lavernhe et ses enfants : Jacqueline, Jean-Pierre et surtout Guy qui fut l'un des trois meilleurs skieurs d'Alger, B. Sturzzneger, A. Perrin, Juliette Bremontier...
-------Le Ski-Club Alpin Algérien, section du Club Alpin Français créé et animé par Pierre Daboussy était une équipe redoutable qui comptait plusieurs champions comme Robert Rhein, B. Jouyne, M. Treille, Roger Frison-Roche et surtout son fils Jean qui devait hélas trouver la mort en avion en 1954 et qui avait représenté l'Algérie aux championnats de France. Citons encore R. Daboussy, Daviot, J. Dubouchet, B. Dumay, B. Kan, P. Loubeyre, J. Roche (qui fut par la suite Directeur de l'Office du Tourisme de Megève), J. Tavernon, Vacherand .... Chez les femmes citons M.J. Fourès, Anne-Marie Tierce (qui devait devenir la mère de Florence Arthaud) et surtout sa soeur Monique qui fut en Equipe de France B. Cette équipe remporta plusieurs années consécutives le "challenge de l'Echo d'Alger", classement par clubs. Une fois par an, tous ces skieurs rencontraient, alternativement en Algérie ou au Maroc, leurs rivaux Marocains où figuraient d'authentiques champions comme R. Lacaze, Dugit, Simon, Viard... auxquels se mêlaient l'Equipe de France avec Maurice Sanglard (champion de France 1952), H. Thiolière, G. de Huertas...
-------Reste de toute cette épopée le souvenir d'ambiances passionnées et joyeuses, comme la montagne sait en donner, et dont les amitiés solides se poursuivent encore parmi les survivants de cette merveilleuse histoire ; il n'est pas rare d'en rencontrer sur les pistes métropolitaines de Chamonix, Megève, Val d'Isère, Courchevel ou Avron...
-------Mais pour eux, l'Algérie c'est fini ....

Boris Kan