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-----La DOUBLE PEINE, puisque c'est ainsi
qu'on la nomme, a suscité de nombreux débats passionnés
ces derniers mois. Les uns et les autres, sûrs de défendre
la seule solution " correcte et humaine ", assénaient
des arguments qui, généralement, ne parvenaient à
convaincre que ceux qui les prononçaient.
-----LA DOUBLE PEINE? Faut-il la supprimer
comme l'exigent certains? L'aménager? Ou encore la conserver en
l'état?
-----LA DOUBLE PEINE? De qui s'agit-il? Elle
est appliquée à des multirécidivistes étrangers
et, quelquefois, à des terroristes poseurs de bombes qui, à
leur sortie de prison, sont priés de quitter la France pour aller
exercer leurs talents dans leurs pays d'origine.
-----Ne nous attardons pas sur les raisons
avancées par ceux qui réclament, véhémentement,
sa disparition de l'éventail des peines susceptibles d'être
infligées à ces professionnels de la délinquance
que la double peine éloigne de leurs bases, prive de leur gagne-pain.
Ne prenons pas partie et laissons le législateur prendre ses responsabilités.
C'est bien pour cela qu'il a été élu.
Encore que, à la réflexion, on pourrait, discrètement,
lui transmettre la suggestion d'un lecteur qui, dans un grand quotidien
national, ne craint pas de se proclamer partisan de la suppression de
la double peine. Il est vrai qu'il s'empresse d'ajouter: " S'il y
a une peine de trop, c'est la première qu'il faut abolir. Renvoyons
sans attendre des délinquants dans leurs pays. Le contribuable
fera l'économie des frais d'entretien dans les prisons de la République
pendant des mois, des années. En outre, il ne sera plus nécessaire
de construire de nouvelles prisons pour leur offrir un gîte ".
-----Mon propos sera, plus simplement, d'évoquer
des doubles peines dont on ne parle pas, dont on n'a jamais parlé.
Celles que l'on préfère ignorer. Celles qui n'ont guère
ému les bonnes âmes toujours prêtes à prendre
sur leurs épaules toute la misère du monde et les tiers-mondistes
compatissants.
-----Pourtant c'est bien une double peine
que nous avons subie, nous les Rapatriés d'ALGERIE. Une double
peine bien réelle même si nous n'avons jamais été
mis en examen, si aucun tribunal ne l'a prononcée.
Notre première peine, nous la devons à ceux qui nous ont
abandonnés après avoir trahi leurs engagements, trahi la
parole donnée. En oubliant leurs promesses, leurs serments, ils
nous ont condamnés à quitter notre terre natale.
-----Ayant échappé au cercueil,
partis en exil avec souvent une simple petite valise, nous avons dû
laisser là-bas notre maison, notre travail, nos cimetières
où reposaient des êtres chers... Nous avons été
séparés de nos amis, voisins, collègues de toutes
confessions.
Qui osera prétendre que cet exode... cette déportation ne
constituaient pas déjà une peine bien injuste, bien lourde.
Pourtant ce n'était qu'un début. Débarquant à
Marseille, Port Vendre, Paris, Lille ou ailleurs, l'accueil que nous réservèrent
nos compatriotes " métropolitains ", comme on disait
alors, fut rien moins qu'amical.
-----Cette terre de France que nos pères,
et beaucoup d'entre nous, avaient contribué à libérer,
eut un comportement de mère dénaturée, de marâtre
sans cceur. Pour nous recevoir, remonter notre moral, nous aider à
prendre un nouveau départ, pas de cellules psychologiques. Ce qui
nous attendait, des vexations, des tracasseries sans nombre, des fonctionnaires
souvent revêches, des injures.
-----On nous montra du doigt. On nous condamna
sans pitié. Le simple ouvrier, le malheureux qui faisait pousser
ses tomates et d'autres primeurs sur quelques hectares de terre se virent
accuser de tous les crimes. On leur jeta à la face qu'ils avaient
exploité les indigènes. Ils n'étaient que de "
gros colons " qui méritaient ce qu'il leur arrivait. Si le
mot " esclavagiste " ne fut pas prononcé, il affleurait
sur les lèvres.
Ah ! si on avait pu nous rejeter à la mer !
-----Combien d'entre nous furent " arnaqués
"? Combien virent leurs maigres économies disparaître
dans la poche de ceux qui les attendaient pour leur vendre très
cher un appartement, une vieille maison parfois insalubre, un lopin de
terre renfermant souvent plus de pierres que de terre arabe... pardon,
je veux dire " arable ".
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-----Je vais me permettre
une anecdote révélatrice de l'état d'esprit de certains.
Réfugié dans un petit village de la Drôme, l'un de
mes amis s'arrêta au bistrot pour boire un café. Plusieurs
gars du coin discutaient. La conversation était des plus animées.
L'un de leurs voisins avait vendu une terre à un rapatrié
pour un million... Un million de centimes, il faut le préciser.
A leurs ricanements, on comprenait que ce n'était pas le rapatrié
qui avait fait la bonne affaire. Soudain l'un des quidams s'exclama: "
Vous en connaissez beaucoup, vous, des paysans avec un million? ".
Bruits divers dans la salle comme on dit en pareil cas. C'est alors que
mon ami vint mettre son grain de sel et leur lança: " Dans
la région, il y en a au moins un! ". " Qui donc? ",
demanda quelqu'un. " Mais votre collègue qui a vendu sa terre,
bien sûr. "
-----Ce fut ainsi. Que de mesquineries! Que
d'avanies! Quel manque d'humanité pour ne pas dire quelle cruauté
! Quel ostracisme ! Combien sont-ils parmi ces grands penseurs de l'intelligentsia,
ces " droits de l'hommistes " braillards, à s'être
élevés contre la double peine infligée, sans jugement,
aux Français d'ALGERIE? à leur manifester, au moins, un
peu de compassion?
-----Nos amis les Harkis, tout au moins ceux
qui avaient échappé aux massacres, ont, eux aussi, été
soumis à une double..., et même à une triple peine,
malgré la dette que la France avait contractée à
leur égard.
-----Eux aussi ont dû abandonner, dans
des conditions beaucoup plus dramatiques que les nôtres, tout ce
à quoi ils tenaient tant sur cette terre d'ALGERIE qu'ils ne sont
pas parvenus à détacher de la semelle de leurs chaussures.
Encore n'ont-ils pu partir que grâce au courage de certains de leurs
chefs qui ont délibérément désobéi
quand l'ordre leur fut donné de les faire descendre des navires,
ce qui revenait à les livrer à la vindicte, aux couteaux
de ceux qui les attendaient pour les égorger.
-----Ne nous attardons pas sur la façon
dont, de ce côté de la Méditerranée, ils furent
parqués dans des camps auxquels il est plus décent de n'associer
aucun qualificatif.
-----Qui plus est, ici, ils sont trop fréquemment
victimes d'un amalgame. Beaucoup ne font aucune différence entre
ceux qui furent souvent de valeureux combattants, certains étaient
à MONTE CASSINO et dans d'autres batailles, y compris en INDOCHINE,
et les immigrés " économiques ou politiques "
du Maghreb. Aussi, leur fait-on payer cher les incartades, les "
incivilités ", comme on dit, le comportement délictueux
des fils de ceux qui les ont reniés. C'est beaucoup trop et personne
ne veut l'admettre.
Et ce n'est pas tout. Les Algériens, en commençant par leur
Président, leur reprochant leur fidélité à
la France, en ont fait des traîtres voués aux gémonies.
-----Interdits de séjour en ALGERIE,
et leurs enfants également, il ne leur est plus possible de retourner
dans leurs douars, de rendre visite à la famille qu'ils y ont laissée,
à leurs vieux parents qu'ils n'accompagneront pas jusqu'à
leurs tombeaux.
-----Cette interdiction cruelle, inhumaine
fut encore confirmée, à la fin de l'année 2002, par
le Président de la République Algérienne - démocratique
et populaire - quand Monsieur de VILLEPIN lui rendit visite pour préparer
le prochain voyage de Monsieur Jacques CHIRAC. Nous préférons
ne pas rappeler le comportement inutilement odieux de ce Président
lorsque, l'été dernier, l'Assemblée Nationale lui
fit l'honneur de l'inviter à prendre la parole dans son hémicycle.
A cette occasion, il démontra qu'il est loin d'avoir la stature
d'un Chef d'Etat.
-----En conclusion, si on veut ouvrir le
procès de la DOUBLE PEINE - là où dé nombreux
juristes voient une peine principale assortie d'une peine complémentaire-,
il faut le faire de façon exhaustive et ne pas se contenter de
critiquer, ce qui est inadmissible, dés décisions de justice
prises dans le cadre dés lois de la République.
-----Va-t-on continuer longtemps à
s'apitoyer sur le sort d'individus qui se mettent volontairement hors-la-loi?
N'y aurait-il que les délinquants récidivistes et les poseurs
de bombes dont la situation soit digne d'intérêt? Et comment
ne pas être scandalisés quand les Autorités judiciaires
de l'Union Européenne s'en mêlent et viennent, sans prendre
de gants, condamner la France? (Affaire CHALABI)
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