AEA sept 2000 N°70
CONTRITION ? REPENTANCE ? POUR QUOI ? POUR QUI ?
Marc LYSSET
Depuis quelque temps, chaque semaine qui passe voit se
lever un justicier qui nous invite à la contrition...
A. BOUTEFLIKA, ci-devant officier de l'A.L.N., promu depuis Président
de la R.A.D.P. est venu mêler sa voix à celle de tous les
donneurs de leçons qui, inlassablement, recherchent de nouveaux
motifs de faire pénitence.
Comme un garnement qui tire la langue aux grandes personnes, ce Président,
en l'honneur de qui avaient été déroulés à
Orly plus de 200 mètres de tapis rouge - rouge comme le sang qui,
si longtemps, arrosa la terre d'ALGERIE à laquelle les Pieds-Noirs
sont profondément attachés, ce Président donc, manquant
à la plus élémentaire courtoisie envers un pays qui,
après l'avoir invité, l'avait si bien reçu, s'est
permis de réclamer la repentance du peuple de France. Mais pourquoi
se serait-il gêné quand les députés, sauf trois
ou quatre, n'ont pas bronché alors qu'il débitait sa diatribe?
Se repentir, mais de quoi exactement? Pourquoi la France et les Français?
Et si les anciens du F.L.N., ainsi que leurs héritiers commençaient
par reconnaître leurs torts? Sans dresser un inventaire exhaustif,
rappelons quelques-unes des raisons pour lesquelles ils devraient solliciter
notre indulgence.
Tout d'abord, une unique référence au passé. Pendant
des siècles, ALGER fut le repaire de pirates qui rançonnaient
les navires en Méditerranée n'hésitant pas, lorsqu'ils
n'avaient pas croisé de proies intéressantes, à venir
piller les villes françaises de la côte quand ils ne se permettaient
pas de remonter jusqu'à Grenoble. Ces razzias " d'une violence
inouïe s'accompagnaient toujours de viols, de pillages, les survivants
emmenés en esclavage, les villes en ruines (Nice, Marseille, Fréjus,
Toulon...) livrées aux flammes " (JJ. ANTIER). Qui n'a pas
entendu parler de CERVANTES retenu prisonnier à ALGER? Alors pour
toute cette barbarie, qui va se repentir?
Beaucoup plus près de nous et encore dans toutes les mémoires,
au cours de la nuit de la Toussaint sanglante, en 1954, il y a eu, parmi
d'autres, ce couple d'instituteurs massacrés. Leur crime? Ils étaient
Français. Le caïd SADOCK qui, courageusement, tenta de les
protéger, subit le même sort. Alors messieurs les agresseurs,
vous êtes-vous repentis?
Personne n'a oublié les attentats sauvages contre des civils, le
Casino de la Corniche, l'Otomatic, le Milk Bar et combien d'autres encore,
les bombes aux arrêts de bus, dans les trains, etc. qui fauchèrent
brutalement tant de victimes innocentes, qui firent tant de blessés
dont beaucoup en ont subi les conséquences durant le reste de leur
vie qui en fut abrégée. Repentance ! Repentance!
Combien de Français de souche, de HARKIS ont disparu, ont été
assassinés après avoir été martyrisés,
les hommes émasculés, les femmes violées? Vous qui
avez commis de telles atrocités, qui les avez commandées,
qui avez laissé faire... souvent en vous réjouissant, repentez-vous.
A ORAN, le 5 juillet 1962, pour célébrer l'indépendance,
ce fut encore un massacre atroce. Repentance! repentance!
On pourrait continuer et citer bien des crimes, des attentats aveugles,
des actes de barbarie donnant à la France, en général,
aux Pieds-Noirs, en particulier, le droit de réclamer " Repentance
". Mais arrêtons là ce sinistre inventaire. Puisqu'on
nous en a prié si poliment, avec un tel tact, je suis prêt
à me repentir moi aussi. Je le ferai dès que l'autre partie
aura exprimé ses remords.
Lorsqu'ils débarquèrent à SIDI-FERRUCH, en 1830 -
mais auraient-ils entrepris cette expédition sans les provocations
des pirates barbaresques? - les Français furent extrêmement
déçus. C'était donc ça le Grenier de Rome?
Là où ils pensaient trouver des champs de
blé, ce n'était qu'une terre inhospitalière couverte
de marécages. Des marécages qui faisaient le bonheur des
moustiques. Il est possible que l'un de mes aïeux ait participé
à l'assèchement des marécages avec, pour conséquence,
le
"génocide " des moustiques. Si c'est là un des
griefs à retenir à l'encontre des colonisateurs, j'en demande
pardon à ces aimables diptères en espérant que leurs
rares descendants ne viendront pas me piquer pour se venger.
A cette époque, hyènes et chacals venaient
rôder la nuit aux portes d'ALGER, BAB-AZOUN, BAB-EL-OUED et sur
les hauteurs de MUSTAPHA, BELCOURT... Il n'était pas conseillé
alors de s'y aventurer le soir. Ces bêtes sauvages ont, elles aussi,
été repoussées loin, très loin de la ville.
Dois-je m'en repentir au motif que l'un des miens est susceptible d'avoir
participé à cette chasse?
Autrefois, sur les sentiers de terre, les ânes -
les bourricots - trottinaient heureux en transportant leurs maîtres.
Depuis, les Français ont remplacé ces sentiers par des routes
goudronnées qui ne conviennent pas à leurs délicats
sabots. Les ânes soufflent d'autant plus qu'ils sont dépassés
par les automobiles, lesquelles polluent comme chacun sait. Les bourricots
voudront-ils me pardonner?
Heureux temps que celui où les femmes, une jarre
adroitement posée en équilibre sur la tête, partaient
gaiement quérir de l'eau à la source, dans l'oued. Maintenant,
dans les maisons construites par les français, dans celles qui
ont été occupées après 1962, il suffit de
tourner un robinet pour avoir de l'eau dans la cuisine, la salle de bains,
les toilettes. On peut même faire sa lessive sans sortir. N'est-ce
pas ignoble que d'avoir privé les femmes des plaisirs que leur
procuraient la corvée d'eau, la lessive. Les voilà contraintes
à l'oisiveté. Oh oui! Je me repens pour le sacrifice qui
leur a été imposé.
Pour faire la cuisine, pour se chauffer, il était
très agréable d'allumer un feu de bois, le kanoun. On allait
chercher le combustible, on préparait le foyer, on soufflait sur
les braises, on nettoyait les cendres. Mais comment faire dans un appartement?
On est bien obligé de se contenter de l'électricité,
du gaz. Encore des plaisirs envolés pour lesquels il faut demander
grâce.
Il y a bien d'autres choses encore dont sont responsables
les Français. Ils avaient cru qu'en apportant le progrès,
ils procureraient un peu de bonheur au peuple. Ils se sont certainement
trompés. Alors, acceptons les reproches de ceux que l'on n'a pas
su rendre heureux. Si nous avons eu tort, reconnaissons-le humblement...
mais seulement après qu'ils soient eux-mêmes venus à
résipiscence.
D'accord, j'ai un peu exagéré. Nous aussi
devons avoir des peccadilles à avouer. Mais comparons ce que la
France avait réussi à faire de 1'ALGERIE en un peu plus
d'un siècle et ce qu'en avaient fait, en plus d'un millénaire,
les envahisseurs venus de l'est au VII ou VIIIe siècle. Depuis
notre départ, alors qu'ils devraient être si heureux de se
trouver débarrassés du joug colonial, pourquoi tant d'Algériens
aspirent à quitter leur pays? Il faut croire que nous n'étions
pas si terribles que ça puisqu'ils voudraient nous rejoindre. Ou
bien ils sont masos et leurs oppresseurs leur manquent!
Marc LYSSET
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