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Hier la nuit m'a habitée.
Froide et tumultueuse à la fois.
Révoltante pour l'essentiel
Je vais vous dire, vous expliquez l'inexplicable.
Quelque chose au croisement des chemins de Kafka et Ubu réunis
Je les vois tous les deux à se bidonner de rire pour ne pas en
mourir
de haines et de désespoirs
sur un thème central : celui que d'être Français.
Exploration
Le papier qui j'attache à tous mes déplacements
date du
( Où l'ai-je mis encore dans mes pérégrinations
)
.. ah oui
du 15 décembre. Déjà
Quarante
cinq jours passés pour une validité d'un délai de
deux mois
c'est une attestation qui me sert de " papiers ".
Pour dire aux " autorités " qui souvent m'arrêtent
au prétexte que je n'irais vite pas seulement dans ma tête,
que je serais Français au-delà du doute et du regard sur
ma seule apparence. Nous sommes tous en ce monde des délits de
gueule
Je me plie comme ce petit bout papier " officiel " au fond de
mon portefeuille.
Comme chaque jour ou presque tant il nous faut plier aux décisions
des règles administratives, qui font qu'une entité et notre
pays existent.
Et nous et moi avec
Enfin
Presque
Certes, je sais.
Je sais qu'à tous moments, car venant de là-bas, je dois
chaque fois " prouver " être français. Alors dominé
par ce qui m'exècre, je vais vers Nantes, demander que la pièce
portant le n°1331 me soit adressée dans les plus brefs délais.
Mes exigences ne sont là que pour me plaire
Je parle à
une machine courant sur mon clavier .. Et cela marche bien. Bien dans
le cadre de la loi n°78-17 du 06 Janvier 1978 qui vise les fichiers
informatisés concernant " sous réserves des lois et
des règlements en vigueur " permettant d'obtenir ce que nous
serions, ce que je serais. L'ordre informatique évite dorénavant
autant les désordres des hommes que mes propres pulsions.
J'ai reçu ce document.
Ce fameux n° 1331 que je devrais marquer, inciser dans ma peau comme
une autre étoile où je pourrais imaginer en regardant vers
là-bas, plus précisément Alger, tous les soleils
y venir s'y mirer. Etre français cela se mérite. Je sais
et je partage cette douce nécessité d'être partie
entière de cette communauté d'hommes et de femmes, et de
cette Marseillaise, et de ce bleu et ce blanc et ce rouge, accolés,
couleurs de notre histoire et de ses confusions.
Je sais
Lire ce papier n'est d'autre qu'une invitation au voyage.
Et si je me concentrais que sur ces balades qu'il me donne à vivre,
je pourrai sincèrement remercier les autorités et nos élus
en place pour me permettre à chaque occasion ces chemins qui me
ramènent aux miens. Toute chose
a de belles choses quand même
au cur de ses propres désagréments
Là, je retrouverais alors quelque chose
d'une mémoire active et même poétique.
Fils de Pierre-Joseph (des mercis à la bible
)
né le 13 mai 1923 à Alger
et de Lucianna (je ne comprendrais jamais pourquoi ma Mère a toujours
refusé cette belle intonation au prénom qu'elle transforme
en un Lucienne qui manque de senteurs
?) Lucianna Gatti née
le 09 septembre à Castelnuovo-Magra.. Quelque part en Italie.
Les deux sont domiciliés au 06 rue Mercurie. " We are the
champions ! ! ! "
Madeleine Cazali, la demi-sur de ma Grand mère Emmanuelle
dite " Manette " m'aurait donc déclarée 48 heures
après ma naissance. Et donc le 20 avril, dernier jour du troisième
fuseau du signe du bélier.
Elle avait 27 ans et habitait le 8 rue Gustave Mercier là, où
une fois qu'elle partit vivre en France avec Maurice, son mari, mon parrain,
(vous suivez ? ?
.)
nous accostâmes alors, Pierre-Joseph et Lucianna et moi.
Au cur de Bab-el-Oued
Au cur du populaire.
Au cur des réfugiés de Franco et de Mussolini unis-réunis.
Dans cette maison que j'ai tant racontée par ailleurs
Redite.
" L'image du couloir arabo-mauresque de
mes seize premières années de vie réapparut
me menant de facto aux Teboul, Adjed, Bouchara, Asensi et Zigliara, débouchant
là-haut sur la terrasse, chez Monsieur Kasnadji et Zaïa sa
femme. Bruits. Odeurs. Fêtes juives, chrétiennes, musulmanes.
Tourbillons d'humanités
. "
Je passe ici, pour ne me les rappeler qu'à moi
seul, sur ces deux mariages et autant d'enterrement qui me (ra)mènent
à elles
Cette copie d'acte délivrée donc selon un
procédé informatisé (les erreurs ne sont donc plus
même humaines..) me vient de Nantes, signée par l'Officier
de l'Etat Civil, Marie-Françoise Barteau, en date de ce dernier
23 janvier 2007. Signalons au passage quelques anicroches dans quelques
escapades de ce si simple document administratif qui retrouve là
- excusez moi du peu
- mes traces, mes sources et mes refuges
Ainsi
une courte et leste annotation rouge portée en marge blanche, (
" Reçu par erreur " ) me signalerait que l'origine de
ma vie se serait fourvoyée quelques temps et perdue dans le cabinet
d'un Xavier Demortreux, Notaire au 67, Bd St-Germain 75005.
Je vous le dis encore : là où sont les hommes , les erreurs
sont
Je prends.
Je copie.
Je range.
Je cours, je vole, j'arrive devant le bureau de ma nouvelle Mairie surmontée
du drapeau de notre si belle France. Je sors mes deux photos de l'énergumène
à priori " apatride " que je serais encore à ce
moment précis dans l'attente excitante et non feinte de retrouver
enfin les chemins de mon âme
Enfin d'être en règle
J'y joins un relevé de facture de ce qui est encore Electricité
de France.
J'ai l'air ainsi
mais je suis au courant
C'est que je me sens ici à vous emmener dans quelques
autres diversions. " Etre au courant ", c'est le devoir minimal
du pouvoir d'un Maire. Je le fus. Disons plus simplement que je fus un
Elu de notre République. Un élu de ce que nous sommes :
des citoyens français.
Ma simple carte électorale attesterait à elle seule ma nationalité.
Car, vous le savez bien, pour pouvoir voter, il nous faut être reconnu
et identifié comme un membre de la communauté française
C'est pourquoi dans la même Mairie, je suis dorénavant inscrit
comme électeur
Cela devrait pouvoir ici suffire.
Bon, bon prince je me laisse aller donc à quelques nouveaux voyages
connus et reconnus et chaque fois usités, de ce côté
de Nantes
Car il faut vous le dire ici : l'attestation dont je devrais
inciser le n°1331 dans ma peau, n'a qu'une courte durée de
vie.
Trois mois.
Trois c'est tout.
D'ailleurs j'avoue ici une erreur certaine : j'aurais dû profiter
de cette perte nouvelle (je suis un récidiviste en matière
de toutes ces petites pertes si diverses
) pour faire refaire mon
passeport autrement périmé
Sinon si je traîne
comme je traîne de ma manière naturelle, dans trois mois,
je serai contraint d'aller une fois encore, me transporter vers Nantes
au 11 rue de la Maison Blanche.
Je ne disserte pas sur cette adresse là
J'aurais tant à dire entre Alger la Blanche (El Djezaïr)
et ce nom symbolique à mon cur que je fis porter à
Evry à un bâtiment (rose) destiné aux personnes dites
âgées, inscrite dans le parc Pompidou
D'Alger à Pompidou en passant par Evry
Toute une fresque
d'images diversifiées qui se glisse là, dans les étoiles
qui forment la couleur de mes yeux
.
Subitement mes étoiles ternirent.
Après ce long chemin, j'en apprends de bien bonnes
! ! !
La loi s'est " renforcée "
Question d'immigration
Et de tricheries aussi.
J'essaie sagement de trier encore car je ne méconnais pas le penchant
des hommes
Je questionne
Dialogues.
- Quoi de nouveau encore Madame, que je vous fournirais
?
- Une attestation que votre père serait bien français
- Mais mon père fut comme moi : un français de l'Algérie
Française
- Ah
oui
c'est vrai
C'est marqué là
Vous
n'avez pas de chance
Alors votre Grand- père
Enfin
le père de votre père si vous me suivez
- Mais je vous suis Madame
Mon grand-père est aussi né
en terre d'Algérie française
Français de droit
du sol au nom de la France et de la République
- Ah !
Et votre arrière grand père
?
- Idem
je m'excuse
et son Père encore paraît-il
Et plus loin
je ne sais
- C'est pour vous
Ne vous excusez pas
sinon, alors faudrait
voir du côté de la mère de votre père
- Emmanuelle
?
sauvée de chez Franco
il paraît..
Ou quelque chose comme ça
- Pas française alors
si je comprends bien
- Non. Enfin Oui
de l'Algérie française
- Ah
Ah bon
c'est pas simple votre affaire
.
- Mon affaire c'est la vôtre
Vous même m'avez inscrit
sur votre liste électorale lors du recensement 2007
Alors
suis-je Français ?
- Ah
Oui mais là c'est pas pareil
- Comment ?
Faut bien être reconnu Français pour pouvoir
voter
- Oui
Oui mais " ya là " d'autres procédures
- Dur
dur
vos procédures
Mais vous n'y êtes
pour rien
- Merci
Question d'immigration
- Alors il faudrait voir du côté de votre mère à
trouver " enfin " quelqu'un de " bien " français
Oui,
c'est çà
(me dit-elle révélée
)
- Vous avez vu où est née ma Mère
?
- Castelnuovo et quelque chose encore
Italie
Ah.. Ah oui
Alors elle n'est pas française elle " aussi "
Et
son père
.Oui, son père
ou sa mère
ou leurs parents à eux
Je suis exténué.
Moi qui dansais si bien et ne danse plus que sur des mots pour subjuguer
ma vie, je me retiens au sol pour ne pas subitement m'élever sur
le bureau de mon Officier d'Etat Civil et plus piétiner que je
ne danserais sur tout ce qui s'y trouve
Je me sens
Je me sens
D'abord ulcéré
Fondamentalement méprisé
Pas pour ce que je suis (je m'aime et cela parfois me sauverait
!)
Pour les miens d'abord
Je suis un " quelque part "
un " sans papiers "
Je ne cherche même pas pour ma part à tricher
Il doit
y en avoir ma foi
Non je suis un français méconnu
et sans papiers
- Vous devriez aller au Tribunal d'Albi
Diversion.. ?
Invitation à la promenade.. ?
Détour juridico-administrativo-cul-turel
?
J'ai le droit de rêver
- Pourquoi " le " Tribunal d'Albi
?
- Parce qu'eux, ils savent -eux- les autres pièces en plus
- Parce que cela ne suffit
Nantes c'est déjà nécessaire
et dépassé
?
- Ouais
Question d'immigration
- Ah
- Ah
Ouais..
- Ah
bon
- Vous devriez y aller, " nous " gagnerons du temps
- Non. Je vais suivre la procèdure-dur-dure
Je vais voir
comment tout cela se passe
C'est trop intéressant
et
puis j'ai dorénavant le temps
Je n'aurais même que cela
- Nous perdons du temps
Moi vous savez
- Je sais
. je sais
oh oui que je le sais
Vous n'y êtes
pour rien
Personne n'est " quelque chose
".. Même
moi je suis ici en dehors de l'Ordre
Je suis presque comme vous
: un RIEN
- Ouais
On va faire
On va faire
Mais vous verrez , vous
serez obligé d'aller au Tribunal, demander
- Quémander
- Demander, si vous me permettez de parler, comment " on " fait
- Mais ici, je suis inscrit
Je ne pourrai pas voter alors.. ? Remarquez
que c'est ce que je m'apprête à faire
- Ben oui.. (rire)
Vous voyez bien que vous n'avez pas besoin de
papiers
- Alors, ici, de ce côté de moi, je suis bien français
- Ben non
enfin oui et non
Pas totalement.. Enfin vous me
comprenez..
J'ai entr'aperçue la moitié de la main de
mon Père découlinate et délaissée sur le Mont
Casino
Les hommes de Leclerc
J'ai vu sortir les poumons de mon Grand-Père dans les glaces de
sa campagne de Russie
Il en mourra
J'ai vu les dents cramées aux fourneaux de Victor le Père
de ma Mère du temps de la guerre et au sein de Gaz et Electricité
de France
Elle me dit qu'il était si fier d'être là
à travailler en France. ?.. Et " enfin " d'être
Français
J'ai vu ces défilés sur notre front de mer et tous ces cris
de " Vive la France "
et mon petit drapeau flottant fier
et heureux..
J'ai vu cette écharpe portée à mon cou : bleu, blanc,
rouge
même si je tente de ne plus la voir
J'ai revu le mot de cet ami m'écrivant être fier d'être
ce que l'on tant de temps ici à me reconnaître : fier "
encore " d'être Français
J'ai vu aussi ma terre, ma source et mon refuge, cette Algérie
Française un peu plus s'éloigner
J'ai vu , si jeune déjà, pleurer aux sons de " notre
" Marseillaise
J'ai vu tous nos cimetières et nos morts qui se trament là-bas
dans les sombres et confus sillons de nos pensées d'ici..
J'ai vu cette douleur nous saisir tous la gorge, cette colère à
faire perdre ses propres couleurs
J'ai vu toutes ces classes bretonnantes, languedociennes, alsaciennes,
et tutti quanti
et ces revendications si multiples et si inconvenantes
à demander à " être " autre chose que tout
ce que notre République leur permet de pouvoir exprimer
Moi, octroyiez mon droit de n'être que français et puis je
vous promets qu'alors je me tairais
J'ai vu ces défilés, ces corses et ces bobos et ces gays
et ces demandeurs de papiers et ces " tous " défiler
.. Je les ai vus " être "
quand moi je ne suis RIEN
J'ai vu dans ce drapeau tous nos désespérés,
les chagrins de l'azur,
le ciel d'après la nuit..
les brouillards du matin
le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
J'ai vu
J'ai vu
Je sais
je mélange tout
Je sais
Je sais
C'est comme cela que le malheur arrive : par dépit
Par dépit
Question d'identité
J'ai vu ce paradis retrouvé reperdu
Et j'aurais
peut-être
intérieurement
pleuré
Mercredi 31 janvier 2007 à 10:28:06
Cordes-sur-Ciel.
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