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------Nous portons en nous, tout au fond
de notre être, une marque indélébile, une plaie ouverte.
Oui. Je le sais. Nous le savons. Le temps qui passe, les jours qui succèdent
aux jours, restent en cela, un baume complice, une apaisante contribution,
à certain oubli des morsures d'hier et à l'éclosion
des sérénités de demain.
------Sérénités de demain
: un sourire, dans la brûlure de nos larmes, une clarté dans
l'épaisseur de la nuit. Ce chemin, qui fut montant et rocailleux
; ce chemin que nous avons parcouru ensemble, la main dans la main ; ce
chemin là doit nous mener, et il faut qu'il nous y mène,
vers des horizons toujours plus fraternels, toujours plus constructifs.
------Et c'est pourquoi, il nous faut puiser
sans contrainte, dans nos sources vives, dans ce creuset où s'amalgament,
et notre volonté, et notre résignation, et nos énergies.
------Ah !ils l'ont bien compris, tous ceux
qui, autour de nous, ont décidé de mener le bon combat,
de porter et de maintenir constamment plus haut, le prestige de nos couleurs,
et de sauvegarder la pérennité des jours enfuis.
------Ils l'ont compris, ces hommes de bonne
volonté, ces pionniers du souvenir, ces mainteneurs inspirés
de notre idéal : un idéal pas comme les autres. Ils sont
allés de l'avant, ne ménageant ni leur temps ni leur peine.
Ils ont semé la bonne parole et bâti, pierre sur pierre,
ces assises où s'élève leur prétoire. Et leur
parole, forte et passionnée, s'en est venue jusqu'à nous,
riche d'une incomparable sève.
------Oui, amis de là - bas, par trop
meurtris pour avoir marché, longtemps, sur les pentes abruptes
de l'indifférence ou de l'incompréhension.
------Oui, mes frères des matins clairs,
serrons nos rangs, unissons nos déterminations farouches, à
celles de nos guides. Par l'esprit et par le cur, donnons à
nos réunions, à nos regroupements locaux, les moyens de
clamer à tous les échos, et, afin que nul n'en ignore, notre
désir total de tirer de l'ombre et de remettre en lumière,
les témoins, les artisans de cette prodigieuse poussée culturelle,
qui a marqué notre passage, notre présence, sous le soleil
algérien.
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-----Ne laissons
jamais le voile de l'oubli, tomber sur ces bâtisseurs, sur ces ouvriers
de la première heure qui, chacun dans sa discipline ou son idéal,
parvint à donner à notre Algérie bien aimée,
sa part incontestée, dans la primauté de l'esthétique
et de la pensée profonde, sa place dans le concert des valeurs
humaines. Mais, au delà de nos préoccupations de l'heure,
Pied-noir mon ami, médite sur ce dernier appel que je t'adresse
et qui m'obsède ; médite sur mon message.
------Mets à profit le moment favorable
et qui passe ; penche- toi sur cette jeunesse qui porte en elle, encore
et en puissance, les ressouvenances vécues ou transmises ; forge
avec patience et amour, ces liens qui l'attachent à nos fastes
et à nos propres misères d'hier, à notre désespérance
et à nos rancurs ; aussi, à notre fierté d'être
et de demeurer.
------Car il ne faut pas que le flambeau
s'éteigne. Il ne faut pas que le souvenir se meure. Trop, beaucoup
trop des nôtre, dorment leur ultime sommeil, sous cette terre chaude
et devenue plus lourde. Cette terre que nous avons asservie, fouillée
de notre soc généreux, jusqu'en ses profondeurs les plus
secrètes et que nous avons nourrie de notre sueur et de notre sang.
Et cela, sans désemparer ; depuis les vestiges impassibles de Carthage,
jusqu'aux fluctuantes bornes océanes.
Fernand Arnaudies
(Décédé en 1989)
Auteur de " Esquisses historiques et anecdotiques du vieil Alger
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