-Ouled Fayet
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| Aea mars99 n64 Ouled-Fayet, village où je suis né et où sont nés bien avant moi, la grand-mère et le père d'Albert Camus Prix Nobel de la Littérature Joseph SANTACREU, Le Havre, 1996 -----Qu'on le découvre à flanc de coteau ou blotti au fond d'une vallée ou même émergeant d'un bocage ou de l'horizon d'une plaine, un village c'est un clocher avec, tout autour, des maisons et une grand rue qui le traverse. Mais c'est aussi des gens, des amitiés, des amours, des souvenirs qui en font son histoire et le bonheur de vivre là. C'est ça un village et chacun d'ici sait reconnaître le sien, de l'autre. Mais pour nous, ceux de là-bas, le nôtre n'est plus réduit qu'aux très lointaines images que l'éloignement du temps fini par estomper peu à peu de la mémoire de nos souvenirs. -----Mon village, OULED FAYET, fut bâti de la main de l'homme européen sur l'un des coteaux alors envahis de broussailles bordant le littoral du Sahel algérois, face à la mer Méditerranée. L'écrivain Albert CAMUS, Prix Nobel de Littérature, dans son livre posthume "Le Premier homme", édité en 1994, parle d'OULED-FAYET, le village natal de sa grand-mère paternelle et de son père, où vécurent aussi ses grands-parents et ses arrières grands-parents qui furent les pionniers de ce coin de terre où ils sont enterrés. -----D'après le biographe Herbert LOTMAN, le premier CAMUS recensé à OULED-FAYET se prénommait Claude et était né à Bordeaux en 1809. Avec son épouse Marie-Thérèse il émigra en Algérie au début du peuplement de la colonie par les français, vers 1840. Ils trouvèrent à se loger dans le village d'OULED FAYET qui venait d'être créé, où nos aïeux, un peu plus tard, se côtoyèrent et où leurs tombes voisinent encore. Leur fils Baptiste, grand-père d'Albert CAMUS, épouse à OULED-FAYET en 1873, Marie-Hortense CORMERY, née au village en 1852 et où naissent leurs cinq enfants dont Lucien Auguste, le dernier, en 1885, père d'Albert CAMUS. Lucien Auguste épouse en 1909 Catherine SINTÉS qu'il connut à ALGER alors qu'il travaillait avec un frère SINTES aux chais des vins venant de la grande ferme Ricôme de CHÉRAGAS, village voisin. De cette union naquirent Lucien, en 1910, à ALGER, et Albert, le 7 novembre 1913 à MONDOVI près de BONE. -----OULED-FAYET se situait au milieu de vignes et de champs, sous un ciel bleu de soleil. Il regardait la mer de son clocher de pierres blanches, érigé par les frères trappistes, où sa croix, tout là-haut, veillait sur ses habitants, les " roumis " comme les appelait l'arabe. Le nid de vieux sarments, accroché à cette croix, accueillait les cigognes à chaque retour de printemps et c'était un plaisir pour nous tous là-bas de les voir arriver, claquant du bec et battant des ailes en prenant possession de leur lit de branches d'où s'éparpillaient les moineaux effrayés. -----Tout en longueur et en légère pente, le village était dominé à l'est par une ancienne tour de guet transformée en château d'eau qui émergeait d'un bois de pins. Vers le nord-est, on découvrait, au-delà des toits de son imposante cave coopérative, les vallonnements de la mosaïque des terres céréalières des " Grands-Vents " et la forêt de Baïnem. Au sud, s'étendait le " Plateau " avec ses nombreuses petites fermes au milieu des alignements des vignes et ses récents pylônes de la Radio Télévision d'ALGER, et en fond, l'Atlas Blidéen. A l'ouest, après la " plaine " et le domaine de la Trappe un peu plus bas, apparaissait la presqu'île de SIDI FERRUCH qui se découpait sur la mer bleue, avec, très au-delà de l'embouchure du Mazafran, le djebel CHENOUA s'avançant dans les flots. -----Ce village vivait paisiblement et chaque matin il s'éveillait à la vie dès que les premiers ayons du soleil empourpraient ses toits de tuiles rouges et qu'à sa périphérie, les squelettiques chiens arabes lançaient leurs derniers aboiements agaçants de la nuit. Les volets s'ouvraient un à un et le village commençait às'animer. Les ouvriers agricoles, originaires des plateaux d'AIN BOUCIF pour la plupart, les yeux encore bouffis de sommeil, partaient alors sans hâte en direction des champs et des vignes où la terre conquise sur le diss et le lentisque, leur assurait le travail et le pain. Ils étaient précédés des colons au teint halé qui allaient avec eux à la tâche harassante de la journée commencée. Souvent les suivaient, même à l'avènement de la motorisation des travaux de la terre, les attelages de mulets ou de chevaux que de jeunes garçons aux larges sarouals, guidaient du fouet et de la voix vers les charrues laissées la veille au retour du dernier sillon. Un peu plus tard c'était le passage de l'autobus qui, passablement chargé comme à l'accoutumée, faisait monter les premiers voyageurs en direction de la ville. C'était ensuite les enfants aux chevelures claires ou brunes qui se rendaient à l'école en groupes joyeux et insouciants alors que déjà chacun vaquait à ses nombreuses occupations de la journée. C'était ça OULED FAYET mon village natal, avec en haut de la grand-rue et à gauche, la petite maison de mes cousins RAYNAL où je suis né, mais... " Cruelle vérité! Il
est depuis village Joseph SANTACREU, Le Havre, 1996 BOTTIN DE L'ALGÉRIE |