À propos de ronds dans l'eau...
1er semestre 2001...augmenté au fur et à mesure que les ondes touchent la rive ou apparaissent...

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Comme ça, ...
+ Ce que j'ai lu , lors de la célébration faite le 8 mars, hôpital des Charpennes, 11 h. Mon père fut incinéré à 15 h...
+ adieu à Fidji

-------Vous vous êtes tous, certainement, amusés ,un jour, à jeter un caillou dans une mare ou dans un étang ... à la surface d'une eau calme, quoi! Et alors ? Cela provoque une petite gerbe montante accompagnée d'un léger " plouf"( ou l'inverse) puis des ondes concentriques, des ronds, se forment qui vont mourir, plus ou moins rapidement, quand ils atteindront la berge...Oui ?

-------La vie, c'est ainsi. Je la vois ainsi...

-------Un jour, plouf, vous apparaissez, vous êtes cette gerbe montante et , toutes ces petits ronds concentriques que vous provoquez représentent d'abord votre père, votre mère puis vos grands-parents puis vos arrière-grands-parents. D'autres petites ondes : les tantes, les oncles, les cousins. Encore d'autres ondes : les amis, les copains...

-------Vous êtes bien, protégés par tous ces cercles autour de vous. La vie est belle. C'est l'insouciance, les bêtises, les études, l'adolescence, la vie qui s'apprend.

-------Et puis,... et puis, des ondes , déjà, touchent la berge. Et hop, plus d'arrière grands-parents. Vous même n'êtes plus au centre . Vos enfants forment une autre onde, vos petits-enfants...et toutes les ondes poursuivent inexorablement leur course vers la berge pour s'y dissoudre . Des tantes, des oncles, les grands-mères, les grands-pères atteignent la rive.Vous vous retrouvez de moins en moins protégé, de plus en plus seul...Vous la voyez s'approcher cette pu...de rive. Vous n'êtes plus beaucoup protégé, vous voulez freiner la vitesse de ces ondes . Vous n'avez plus que vos parents...Et puis, et puis??? elles l'atteignent, vous avez mal , vous êtes sur la dernière onde, la berge se rapproche, inexorablement, de plus en plus proche.

-------D'un côté la rive, de l'autre les ondes de vos enfants, petits-enfants, voire arrière petits-enfants vous poussent. Vous vous rappelez le moment où, vous, vous étiez au centre...mais la berge est bientôt là. Vous n'avez pas eu le temps de tout faire , de tout dire ou vous n'avez pas eu le courage ou la pudeur de dire aux uns et aux autres combien vous les aimiez, combien vous étiez bien auprès d'eux.

..il reste tant de choses à accomplir, à poursuivre, à terminer . Mais, non, plus possible car la rive, la rive arrive...

-------Mais, mais, qu'est-ce ? que vois-je ? Mon Dieu, c'est donc vrai ? La rive arrive et je les aperçois , ils sont là, assis sur la berge, les pieds dans l'eau , à papoter entre eux, On dirait la fête. Il fait beau, il fait soleil. J'avais raison de croire et d'espérer en Vous. Ils sont tous là , rigolards, ils me tendent les bras, ils me sourient, ils m'accueillent...Oui, oui, oui, ils sont tous là, arrivés, ils me tendent les bras, ils m'accueillent, ils me fêtent : mes parents, mes grands-parents, mes oncles , mes tantes, mes amis, mes ancêtres que je n'ai jamais connus. Ils sont tous là. C'est la joie...

-------Alors, je tourne mes yeux vers les ondes en mouvement sur l'eau ...Et c'est avec un sourire que je tends mes bras, vers ces ondes, je suis prêt à accueillir ceux qui vont bientôt ( ou moins bientôt) toucher, à leur tour, la berge....................

Lamartine:
«Je te salue, ô mort! Libérateur céleste
Tu n'anéantis pas, tu délivres...
Viens donc, viens détacher mes chaînes corporelles
Viens, ouvre ma prison,...
Que tardes-tu ? Parais, que je m'élance enfin...

-------Mon père s'est enfin élancé, le 3 mars 2005, à 6 h du matin....Il s'est élancé, enfin délivré des chaines de sa maladie. Calme, reposé, un petit rictus (dû à sa maladie ) qui semble dire : " Me voilà, faites-moi une place"...Je suis triste mais aussi le coeur heureux de savoir que mon père n'a plus sa souffrance.

Contre-partie : me voilà en première ligne, sur cette dernière onde, pour " de vrai"
Jeudi 29 décembre 2005 : un "plouf", là, au beau milieu .Petite gouttelette arrivée avec un mois d'avance. MARGAUX. Notre petite-fille, fille de Sandrine et de Reynald, notre fils. Une gouttelette qui pousse les ondes, un peu trop proches, déjà, de la rive.Une gouttelette, déjà, bien envahissante.

Dimanche 12 février 2006: une autre onde vient de toucher la rive. Monsieur Soler, père de mon copain d'enfance Jean. Il faisait partie, bien que perdu de vue depuis la débâcle, de mon moi, de mon entourage. Il faisait partie des personnes qui accompagnérent mon enfance.Lui parti, c'est un peu de mon enfance qui disparaït aussi. Les "Soler" un peu comme de ma famille, très proche. Dans le même immeuble. Se voyant tous les jours. Jean, René (moins) et moi étions toujours fourrés ensemble. À jouer aux petits soldats, à lire des bandes dessinées, à faire les imbéciles.Monsieur et madame Soler (je les appelais ainsi) , oui, partie intégrante de ma vie à Alger. Je sais quel combat a mené, ces derniers temps, monsieur Soler. Mais, parfois, il vaut mieux poser sa valise...Une vision me fait sourire : le père Soler, le père Jeantet, le père Bérard et le père Venis, se retrouvant, là-haut, et poursuivant leurs discussions sur leur dernière pêche du derner samedi, sur ce qu'ils ont pris, mais surtout, surtout, sur ce qu'ils auraient pu prendre et qui leur a échappé !!!

Mardi 27 février 2007: une autre onde vient de toucher la rive. "Tata" Jocelyne, Jocelyne tout court. L'épouse de Claude. Mariés en 1958? J'étais garçon d'honneur à leur mariage, au Hamma. Après Réghaïa, Rouiba, Villefranche après 1962, puis Apt. Jocelyne atteinte par un mal sournois qui l'a tenue allongée durant plus de 10 ans.Elle a bien essayé de lutter, pleine d'espoir. Mais voilà, la maladie l'a emporté et l'a emportée. Mes pensées n'arrivent pas à se poser sur Jocelyne malade. Non, aussitôt, mes yeux voient des promenades dans la vigne, un petit jardin à Villefranche avec Frédéric sur son tricycle, des réunions heureuses de famille, des couscous, des lotos, des jours de l'an, des phrases, des rires, des sourires, de la joie, des moments heureux....Jocelyne, pour moi, c'était un sourire.Un rire. Celui qui éclatait quand mon père lui débitait une ânerie quelconque. Je suis sûr qu'ils sont déjà , en haut, en train de se marrer un bon coup. Je sais aussi que, à partir de ce jour, Jocelyne va faire partie de la cohorte de ceux qui j'ai connus, qui nous ont quittés, qui m'accompagnent, de ceux auxquels je pense ,...Adieu ? Non, au revoir, Jocelyne...Bisous.

Ce que j'ai lu , lors de la célébration faite le 8 mars, hôpital des Charpennes, 11 h. Mon père fut incinéré à 15 h...
+ épitre de Paul aux Thessaloniciens, "au sujet des morts"
+ "la mer" de et par Charles Trenet

---------Pas facile de parler de toi. Il y aurait tant à dire. Plus de soixante ans ensemble, tu te rends compte! Alors , ces quelques mots, en désordre...
---------Né à Bab el Oued, ton enfance n'a pas été toujours rose. Mais tes parents ont su t'apporter amour , tendresse . Amour, tendresse que toi et maman avaient su nous apporter à votre tour..
---------Ton but, ta vie, tes actes - je crois l'avoir compris bien plus tard, adulte - ont été guidés par ce seul objectif : que maman et nous ne manquions de rien, que l'existence nous soit plus légère que celle que tu connus, que nous formions une famille heureuse, unie. Tu as réussi .
---------Te rappelles-tu le soleil et ta main dans la nôtre en promenade au Télemly?
---------Te rappelles-tu la mer et nos parties de catch dans le sable de Moretti?
---------Te rappelles-tu notre ciel bleu, nos cabassettes et la coca dans la forêt de Tipaza?
---------Te rappelles-tu tes parties de pêche à Bérard d'où tu en ramenais des "comme ça"?
---------Milliers de souvenirs heureux d'un temps heureux...Il y eut peut-être des moments moins heureux , aucun souvenir d'eux.
---------Vous avez su nous guider sans nous forcer, sans nous brimer, nous laissant toute liberté avec votre confiance que nous n'avons pas trop trahie. Même dans ces moments de guerre où votre angoisse devait être aussi grande que l'était l'insouciance de nos jeunes années.
---------Tes réussites étaient notre fierté. Ton travail, ton sérieux, ta rigueur t'ont permis de grimper dans l'échelle sociale. Ce fut la 1ère télé, la première Dauphine . Tu sais, celle avec l'embrayage automatique, un appartement à nous avec des chambres à nous.
---------Puis juin 1962, l'exode . Pratiquement tout perdu. Nous nous sommes retrouvés éparpillés . Tu ne nous a jamais rien dit de tes états d'âme , tu ne t'es jamais plaint - du moins devant nous - Tu as rebâti, reconstruit avec courage et opiniâtreté. Et tu as encore réussi.
---------Tu fus toujours présent, attentif. Nos joies étaient tes joies, nos soucis étaient les tiens (aussi ceux là je ne t'en parlais pas )...Ton aide nous était toujours acquise. Tes petits-enfants Anne -Valérie, Reynald , Matthieu, tes arrière petits-enfants Guillaume et Thibaud (en fond d'écran de ton pc) étaient aussi tes préoccupations. Tu les aimais. Tu étais attentif à leur existence, prêt à leur faire plaisir.
---------1978 , la retraite, bien méritée. Tu as su en profiter au maximum.. A Saignon, au soleil de Provence puis à Villeurbanne
---------La famille, tes amis, tes collègues, tes voisins même ta coiffeuse appréciaient ton entrain, ta bonne humeur. Bonne humeur que tu as su conserver dans ta maladie. Tu aimais nous taquiner. Dernièrement , tu te rappelais de Bobby Lapointe et de son saucisson de c'hval mais maman n'a pas voulu que je passe la chanson (de c'hval) aujourd'hui !!! Tu te débrouillais bien à la pétanque (de c'hval). L'informatique n'avait presque plus de secret pour toi. Mais ce monde actuel te laissait parfois un goût amer, il ressemble de moins en moins à ce que tu avais connu, avant...
---------Tu es pour moi un exemple . J'ai tenté de t'imiter , d'élever mes enfants dans le même esprit. Ai-je réussi?
---------Tu peux être fier de toi..."J'ai eu de beaux enfants" disais-tu sur ton lit d'hôpital. C'est bien vrai surtout en parlant de moi..
---------Tu peux te réjouir car tu nous quittes sans aucun contentieux entre nous. Nous nous sommes jamais "accrochés", affrontés.
---------Un seul regret de ma part, je n'ai pas pris assez le temps de te dire combien je t'aimais. C'est une chose que l'on a du mal à dire, parfois, ...et souvent, il est trop tard.
---------Alors parce que je sais que tu nous entends, parce que je sais que tu es là encore plus présent que jamais près de moi , près de nous: trop tardivement: "Papa, je t'aime.. Profite bien de ton Eternité...Tu sais que nous te rejoindrons - mais le plus tard sera le mieux"
---------Profite et pars tranquille, sans aucun souci car tes fils, petits fils , arrières petits fils et les autres qui t'aiment très fort sauront aussi s'occuper de celle que tu as choyée, protégée, aimée : maman..
---------Pas adieu, au revoir , papa.....au revoir, papy, au revoir, pépé...